« On dirait que t’aimes rien »

Dixit mon premier beau-père. En effet, à ce moment-là, je n’aimais rien…

Mais je ne m’en rendais pas compte. Il y avait si longtemps que je marinais dans cet état d’esprit lamentable que je n’étais pas en mesure de le reconnaître. J’avais perdu tout souvenir d’un moment heureux et de la sensation physique et émotionnelle qu’il procure. Le diagnostic de mon beau-père, bien qu’il m’ait surpris, s’est avéré d’une justesse étonnante.

Je n’aimais rien ni personne. Sans doute depuis l’histoire de la poupée-mariée (voir BONJOUR TRISTESSE). Ce Noël-là, mon âme d’enfant s’est fissurée. La Tristesse, accompagnée de la Colère et de la Haine, s’est infiltrée par la brèche et a inondé mon âme, tel un raz-de-marée funeste. Comment une petite fille pourrait-elle combattre seule les Erinyes?

J’avais perdu, presque complètement, la faculté de me faire plaisir et son corollaire, la faculté d’éviter le dé-plaisir. Ne pas savoir démêler le plaisir du déplaisir représente un handicap majeur. Les animaux n’éprouvent pas ce problème. Ils ne se dirigent jamais de leur plein gré vers une source connue de souffrance. Ce n’est pas le cas des êtres humains, visiblement. Pour des raisons psychologiques compliquées à souhait! La femme battue qui retourne inlassablement auprès de son mari en est l’exemple classique et tragique.

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Collage: Vera K.

Moi, je suis l’exemple classique, également tragique, de la fille d’un père alcoolique qui épouse un alcoolique. Et trois fois plutôt qu’une! Cependant, mon troisième conjoint fait partie de la grande famille des AA et est sobre depuis que nous sommes mariés. Entre le premier mari et le dernier, plus de trente ans se sont écoulés. L’être humain apprend lentement...(je crois que la citation est de Carl Gustav Jung).

Il y a une douzaine d’années, j’ai voulu mettre sur pied un groupe dont les membres se seraient entraidés à se faire plaisir. J’avais trouvé un joli nom pour le groupe: « PLAISIRS À LA CARTE »; élaboré les règles pour le structurer; amassé une tonne de dépliants suggérant toutes les activités possibles; trouvé une belle illustration, style art déco, d’une femme élégante en train de déguster un savoureux café, comme en-tête des feuilles explicatives… Mon idée était excellente, mais je ne l’ai jamais mise à exécution. Incapable de m’accorder ce plaisir.

Ma mère ne se faisait pas plaisir. Sa philosophie de vie se résumait à un verbe: endurer. Quand elle a su que je quittais mon premier mari, elle m’a blâmée rageusement et m’a infligé une harangue impitoyable: « Je l’ai ben enduré, moi, mon mari, tu peux ben endurer le tien… » S’en suivait une énumération des choses répugnantes qu’elle avait dû endurer, comme essuyer les crachats de mon père sur le plancher… Endurer s’avérait une preuve de courage et de force morale pour elle. C’est de cette façon que ma mère survivait.

Quant à mon père, il avait une façon de se faire plaisir qui me donnait la nausée. Je l’observais porter le verre de bière à sa bouche et en avaler lentement le contenu. Il avait l’air de jouir de sa bière, ce qui m’écoeurait au plus haut degré. Cela m’apparaissait comme un geste d’une obscénité révoltante. Je ressentais une envie incommensurable de lui casser sa bouteille de bière sur la tête. Le même phénomène se produisait lorsqu’il fumait entre deux gorgées de bière. La bière et la cigarette étaient les plaisirs qui permettaient à mon père de survivre.

On n’apprend pas à se faire plaisir sainement avec des parents comme les miens! Avec qui et comment l’apprend-on alors? Heureusement, les livres et la musique m’ont donné un sacré coup de main.

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Photo:  Vera K.

Sans les milliers de livres que j’ai lus depuis que j’ai appris à lire, et sans toute cette musique, variée à l’infini, que j’ai écoutée depuis toute petite, je serais sans doute morte. J’éprouve une profonde reconnaissance pour tous ces auteurs et tous ces compositeurs qui ont ensoleillé ma triste vie et qui continuent de le faire.

Si lire et écouter de la musique représentent deux façons saines de me faire plaisir, par ailleurs, c’est un peu comme si je ne mangeais que du riz et des carottes, et absolument rien d’autre. Les plaisirs doivent être variés, exactement comme les aliments. Or, je souffre de dysthymie, une forme de dépression légère mais chronique que l’on pourrait définir aussi comme une incapacité (ou du moins une grande difficulté) à éprouver du plaisir (et ce, parallèlement à tous les autres symptômes qui accompagnent la dépression).

Un jour, dans un atelier sur la dépression, on nous a donné une feuille sur laquelle était inscrite plus d’une centaine d’activités susceptibles de procurer du plaisir. J’avais beau les lire et les relire, je ne voyais pas comment aucune de ces activités aurait pu être une source de plaisir pour moi! En terme scientifique, ce phénomène s’appelle: »anhédonie ». Le mot est un néologisme proposé par Théodule Ribot 1896 pour désigner l’insensibilité au plaisir. (Wikipédia)

Très curieusement, l’anhédonie peut se retrouver chez des personnes ne souffrant d’aucune maladie mentale, comme l’anhédonie musicale qui toucherait de 2 à 5% de la population. (Wikipédia) Merci Seigneur, ce n’est pas mon cas! Comment ferais-je pour vivre sans Bach… et tous les autres? Bien que ce soit une petite digression, je tenais à noter le fait parce qu’il montre à quel point la mécanique humaine est complexe, déroutante et finalement méconnue.

Mais, en général, l’anhédonie est un symptôme médical retrouvé dans certaines maladies psychiatriques… Il caractérise l’incapacité d’un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations de vie pourtant considérées antérieurement comme plaisantes. Cette incapacité est fréquemment associée à un sentiment de désintérêt diffus. L’anhédonie… est fréquemment observé au cours de la dépression… dont il est considéré comme un des critères diagnostiques par le DSM-IV. (Wikipédia)

Mon beau-père aurait pu me dire que je manifestais un désintérêt diffus, s’il avait été plus savant, mais son gros bon sens lui avait quand même permis de mettre le doigt sur le bobo. Je me souviens que le ton n’était pas méchant, mon beau-père semblait plutôt surpris et même un peu attristé de me voir dans cet état. Par contre, ma belle-mère n’éprouvait nulle compassion à mon égard et manifestait son hostilité ouvertement. Elle percevait mon attitude comme une offense personnelle. Il est vrai que je n’aimais guère cette mégère et même que je la haïssais.

Comment échappe-t-on à ce cercle vicieux? Si j’ai mal au coeur, parce que je souffre d’une gastro, et que vous me présentez le plat le plus alléchant qui soit, croyez-vous que je vais manger? Évidemment non. Si j’ai mal à l’âme, parce que je souffre de dysthymie, et que vous me présentez une activité alléchante pour la majorité des gens, croyez-vous que je vais sauter de joie? Ben non. La gastro fait en sorte qu’aucun mets ou aliment ne suscite d’intérêt, ce serait même plutôt le contraire. La dysthymie provoque sensiblement le même effet par rapport aux activités plaisantes.

dr-burnsMais la possibilité de contrer cette incapacité envahissante prononcée d’éprouver du plaisir ou de répondre de façon positive à l’anticipation d’éprouver du plaisir (Klein 1974) existe. Le Docteur David D. Burns, dans son livre « Être bien dans sa peau », raconte l’histoire d’une femme qui souffrait de dépression et à laquelle il avait suggéré de faire une tarte (c’était une femme qui aimait cuisiner avant sa dépression). Elle lui avait répondu qu’elle était persuadée de n’éprouver aucun plaisir à faire de la pâtisserie. Malgré tout, elle a cuisiné la tarte et, à sa grande surprise, elle en a tiré du plaisir.

Ce que le Docteur Burns veut démontrer c’est qu’il ne faut pas s’attendre à ressentir du plaisir, il faut passer à l’action... le plaisir suivra (on dit aussi, l’appétit vient en mangeant… si la gastro a disparu, bien entendu!). Ou ne suivra pas. Parce que si tous les goûts sont dans la nature, chaque nature possède les siens propres. Je ne crois pas que j’éprouverais bien du plaisir à jouer au golf, mais encore là, je n’ai jamais essayé. Donc, cette fameuse liste d’activités qui ne me disait rien qui vaille et sur laquelle je posais un regard dédaigneux pourrait bien s’avérer une mine d’or, pour peu que je m’en donne la peine…

Oups, pas si simple! Le livre du Docteur Burns, je l’ai lu et relu quelques fois. J’ai essayé et réessayé de mettre en pratique les techniques suggérées dans les différents chapitres et qui semblaient si bien fonctionner… pour les autres. Mais, je n’y suis pas parvenue. Tout avait l’air si simple et si facile dans cette forme de thérapie cognitive-comportementale. Cela ressemblait à une panacée! Mais, visiblement, ce n’en était pas une pour moi. J’ai été obligée d’admettre que l’empreinte des parents s’avérait extrêmement forte, et que j’étais, littéralement, marquée au fer rouge.

Aussi, la lecture et la musique mises à part, toutes les autres formes de plaisir représentent pour moi un défi particulièrement difficile à relever. Cela met ma patience à rude épreuve! Et je maudis cette tendance qui consiste à faire croire que tout est facile: faire une tarte, c’est facile, jouer du piano, c’est facile, apprendre le chinois, c’est facile… D’ailleurs, pour toutes les activités imaginables, il existe un …pour les Nuls. Ben justement, cette idée est nulle parce que totalement fausse. Il est loin d’être facile de vivre avec la dysthymie, et, pour une bonne majorité de gens sur la planète, il est loin d’être facile de vivre, tout court.

Croire que tout est facile fait naître mille obstacles                                                               Mais le Sage croyant que tout est difficile                                                                                 Tout s’aplanit devant ses pas.

 Lao Tseu2

Lao Tzeu

Vous qui lisez cet article, éprouvez-vous de la difficulté à vous faire plaisir?

Quelles sont les activités qui, en dépit de la dysthymie, vous procurent de la joie?

Vous reproche-t-on de souffrir d’anhédonie?

N’hésitez pas à m’écrire!

La rage au volant

Le passé de cette femme est tragique. Elle a tout souffert: inceste, viol, abus innommables, abandon, humiliations…

Pour survivre, elle a bu. Beaucoup, jusqu’à devenir alcoolique. Il en fallait de l’alcool pour noyer cette armée de démons. Mais les démons ont la vie dure et l’alcool, au lieu de les noyer, décuple leur pouvoir. La femme l’ignorait. Et elle a payé très cher cette ignorance. Un soir, elle est allée dans un bar, a rencontré un homme qui lui a payé à boire et dont elle ne s’est même pas donné la peine de demander le nom. Cet homme la raccompagne chez elle. L’homme s’installe au salon. La femme a beaucoup bu, comme à l’habitude, et sa vessie trop pleine exige une vidange. Elle revient des toilettes et trouve l’homme assis sur le divan. IL EST NU. ELLE LE TUE.

Cette femme raconte son histoire dans un « partage » AA. Aujourd’hui, elle est sobre. Elle a payé sa dette à la société (quelques années en prison). Elle est libérée de la RAGE qui a fait d’elle une meurtrière. Et ce, grâce à la thérapie en douze étapes. J’ai pu constater de visu (pour avoir accompagné mon mari de nombreuses fois dans des « meetings » AA) que cette forme de thérapie fait régulièrement des MIRACLES. Elle est souvent décriée par des professionnels de la santé qui ne la comprennent pas parce qu’ils n’ont jamais mis les pieds dans une salle des Alcooliques Anonymes, ou alors pas assez souvent pour en saisir l’essence. Je les soupçonne, ces professionnels proprets, de jalousie pure et simple. Il faut dire que leur taux de réussite en matière de thérapie est extrêmement bas. Ce taux de réussite (ou plutôt d’échec!) ne serait toléré dans aucune autre sphère du monde du travail…

Ma famille habite dans la maison de ma grand-mère paternelle. Cette dernière a transformé le premier étage de sa maison en appartement pour son fils et sa bru. Nous avons vécu là une quinzaine d’années. Les relations entre ma mère et ma grand-mère sont assez bonnes, au début. Puis, elles s’enveniment. J’observe les deux femmes se lancer des mots amers, méchants, violents.

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Photo: Vera K.

Ma grand-mère entretient également une « chicane », qui se transforme en procès (!), avec sa voisine pour une question de clôture. Cette voisine est la mère de mon meilleur ami. Très jeune, je me retrouve dans une vilaine position: coincée entre ma mère et ma grand-mère, d’une part, et entre ma grand-mère et mon ami Jacot avec lequel je partage tous mes jeux, d’autre part.

Les femmes autour de moi expriment beaucoup de colère. C’est terrifiant, pour une petite fille, mais, en plus, cette violence me semble « injuste ». Je ne comprends pas les raisons profondes de la colère de ma mère ni celle de ma grand-mère. Ce que je vois clairement, par ailleurs, c’est que leur colère est déviée. Avec mon instinct d’enfant, je sens que la cible n’est pas la bonne et je suis submergée par un fort sentiment d’injustice. Aussi, inconsciemment, je décide de ne jamais manifester de colère.

Ma grand-mère était en colère parce qu’elle avait eu un mari alcoolique que les voisins avaient surnommé « Bobo le Paresseux » (!) et parce que son fils, qui vivait juste au-dessus de sa tête, était soul, lui aussi, tous les soirs de l’année. Ma mère était en colère parce qu’elle avait un mari alcoolique qui la délaissait totalement. Or, jamais, ces deux femmes n’ont confronté l’objet de leur légitime colère. Ce sont des innocents qui ont payé la facture.

Voilà donc pourquoi je me suis mise à refouler systématiquement ma colère. Or, de la colère, j’en ai ressenti beaucoup à l’égard de ma mère, de mon père et de quelques autres personnes qui m’ont fait du mal. Mais je disposais d’un entrepôt dans lequel je stockais tout ce qui déclenchait des émotions de ce type. Je croyais que mon entrepôt possédait une capacité de stockage infinie. Et j’étais persuadée que sa porte était parfaitement verrouillée. Cependant, j’ignorais que les colères enfermées subissent une sorte de mutation et se transforment en RAGE.

bombeOn peut être une bombe à retardement et l’ignorer complètement, à l’exemple de la femme dont je parle plus haut. Aujourd’hui, je suis consciente d’être moi aussi une bombe qui risque d’exploser et de faire énormément de dégâts si je ne trouve pas le moyen de nettoyer les écuries d’Augias. J’ai eu l’occasion de m’en rendre compte à deux ou trois reprises où j’ai pété les plombs. C’est peu, me direz-vous, en soixante ans d’existence, mais il suffit d’une seule fois pour aboutir en prison et surtout briser la vie de personnes innocentes.

C’est précisément au volant de mon auto que cette RAGE me submerge pour la première fois. De la « glace noire » recouvre l’asphalte. Comme j’ai l’habitude de la conduite en hiver, je ne crains ni la neige ni la glace. Mais cette fois, la chaussée me rend nerveuse, je n’ai pas souvenir d’avoir conduit dans de telles conditions et je roule tant bien que mal.

Je suis arrêtée à la lumière. Elle passe au vert. Je m’avance lentement, une auto venant en sens inverse me coupe pour tourner dans la rue à ma droite. Je freine mais j’ignore si je pourrai m’arrêter avant de percuter la voiture parce que mon auto dérape sur la glace. Je sais que selon le code de la route j’ai la priorité... et tout à coup, la RAGE s’empare de moi. TOTALEMENT.

Je n’ai pas embouti la voiture qui m’a coupé la route… heureusement pour le conducteur (et pour moi!) parce que je me serais jetée sur lui comme un furie. Et, si la chose avait été faisable, je l’aurais envoyé ad patres… Cette RAGE ne m’a pas quittée pendant plusieurs semaines. Je racontais l’incident ou je le revivais toute seule et je ressentais continuellement cette colère meurtrière. Ma RAISON était complètement obnubilée. Les conséquences de mon geste, si je l’avais posé, m’indifféraient totalement. Les gens à qui je parlais me regardaient bizarrement, ce qui ne laissait pas de me surprendre tant je restais persuadée que ma réaction était NORMALE (!).

La RAGE m’a submergée à nouveau dans une situation complètement différente. Je vivais dans un monastère (!) transformé en logements. Le concierge de l’immeuble était détesté de tous. Un jour, je me suis ruée sur cet homme en l’abîmant de bêtises… pour une question de chat qui, selon cet emmerdeur, n’aurait pas dû traîner dans la cour ! Nous étions dehors, dans le jardin, il y avait du monde. Encore une fois, les gens me regardaient d’un drôle d’air, tandis que je m’étonnais qu’ils ne me supportent pas dans ma lutte contre l’ennemi commun. Toute surprise de lire dans leurs yeux une sorte de crainte mêlée d’horreur. Si j’avais pu me voir à ce moment-là, sans doute aurais-je éprouvé moi aussi l’impression d’être en présence d’une folle furieuse...

Pour la médecine chinoise, la colère est une émotion noble, à l’instar de toutes les autres émotions. Si les émotions sont vécues en pleine conscience, tout va bien. Sinon, elles subissent une mutation et il est alors plus difficile de les évacuer. Elles se transforment en rage, dépression, phobies et autres problèmes psychologiques pénibles. Ultimement, elles vont attaquer le corps physique si elles ne sont pas sérieusement prises en considération. Car chaque émotion correspond à un organe précis. Ma docteure chinoise peut certifier que mon foie (siège de la colère) est plein de « toxiiiiiines »…

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« Jésus chassant les vendeurs du Temple. »   Rembrandt

Ressentir de la colère contre une personne qui nous a fait du mal est une réaction normale, saine. Même le Christ a éprouvé une sainte colère contre les vendeurs du Temple! Si notre société est violente d’une manière effroyable c’est parce qu’elle ne sait pas comment exprimer normalement, sainement, à défaut de saintement, la colère. Elle redoute les émotions comme la peste et privilégie l’univers pseudo sécurisant de l’intellect. Cela laisse la porte grande ouverte à la violence à travers laquelle s’exprime la RAGE.

Les personnes souffrant de dysthymie ne semblent pas, au premier abord, des candidats à la colère… qui se transforme en rage… qui s’exprime en violence. Ce ne sont là qu’apparences. Pour ma part, durant la journée, je manifeste tous les symptômes ordinaires de la dépression: fatigue, tristesse, mauvaise estime de moi… Mais, durant la nuit, la colère explose dans des rêves d’une violence inouïe! Je hurle, j’insulte, je jure, j’attaque sauvagement tantôt mes parents, tantôt de parfaits inconnus. Le niveau de violence atteint des paroxysmes qui me laissent stupéfaite au réveil. Ces rêves renferment une énergie phénoménale. Je serais sans doute moins fatiguée si je disposais tout à coup de cette force quasi surhumaine!

Malheureusement, je suis du genre à me laisser marcher sur le corps… et à m’en excuser! Je suis persuadée que le fait d’être incapable d’exprimer sainement ma colère contribue à entretenir mon état dépressif chroniquethomas. C’est un cercle très vicieux: mon estime de moi est presque nulle alors je n’ose pas affronter qui que ce soit; je m’en veux alors je m’aime encore moins; je refoule alors je suis encore plus fatiguée... « Cessez d’être gentil, soyez vrai! »(Thomas D’Ansembourg) titre un livre bien connu. Quel soulagement ce serait! Mais, pour tourner le fer dans la plaie, les gens s’obstinent à me répéter régulièrement que j’ai l’air: « gentille, douce… et même sereine(!) » Ce qui a le don de me mettre encore plus en colère!

Personne ne m’a jamais dit, par ailleurs, que j’étais « vraie ». Et pour cause! En réalité, le volcan que j’abrite lance régulièrement des flammèches… quand il n’est pas carrément en éruption. Puisque je ne m’autorise pas une saine expression de ma colère (interdits familiaux et sociaux), je me permets des agressions indirectes. J’adopte un « comportement passif-agressif ». Bien maigre satisfaction! Comme cette attitude est une forme d’hypocrisie (que j’abhorre), j’essaie de l’éviter le plus possible. Elle n’apporte aucune véritable libération.

Mais il existe des gens capables d’être vrais, bien qu’ils soient peu nombreux à ma connaissance. J’ai assisté à une scène très instructive, il y a quelques années. Une femme monte péniblement dans l’autobus. Elle marche en s’appuyant sur des béquilles. Elle n’a pas sitôt remis son billet au chauffeur que ce dernier démarre sur les chapeaux de roues. La pauvre femme se retrouve en déséquilibre complet et menace de tomber au milieu de l’allée.

Heureusement, une personne assise tout près lui porte secours. J’observe la scène de l’arrière de l’autobus. Quelques rues plus loin, la femme active la sonnette, se lève et se dirige vers la sortie, mais, avant de descendre, je la vois qui s’adresse au chauffeur. Je devine qu’elle exprime clairement et calmement son mécontentement face à cet homme qui lui a manqué d’égard. Je remarque que le chauffeur ne réplique pas (j’espère qu’il s’est excusé, mais j’en doute!). Et cette femme sort lentement de l’autobus avec toute sa dignité.

J’envie cette femme. Elle n’a pas traîné avec elle l’incident qui s’est déroulé dans l’autobus. Elle était LIBRE, à la différence des femmes que j’ai connues dans mon enfance. Je demeure persuadée qu’une personne qui possède une excellente estime de soi ne peut pas sombrer dans un état dépressif profond ou chronique. Et encore moins dans la RAGE qui est la manifestation ultime de la haine de soi.

Vous qui lisez cet article, avez-vous déjà été submergé par la RAGE et quelles en furent les conséquences?

Êtes-vous capable d’évacuer votre colère sainement?

Quels moyens utilisez-vous pour vous libérer de la colère?

N’hésitez pas à m’écrire!

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« Agir dans la colère, c’est s’embarquer dans la tempête. » Proverbe allemand Photo: Vera K.