Bonjour tristesse

C’est la veille de Noël. Ma mère a acheté un sapin naturel qui embaume le salon. Elle le décore avec grand soin.

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Photo: Vera K.

Elle installe des lumières de toutes les couleurs sur l’arbre; accroche des boules aux formes variées, d’une matière fine et fragile comme l’âme des enfants; place, un à la fois, des glaçons, avec beaucoup de patience et parsème aussi les branches de cheveux d’ange. Au pied de l’arbre, la crèche entourée de bergers et de moutons. Les Rois Mages viendront plus tard…

Ma mère cuisine depuis plusieurs jours. Des tartes, des beignes, des sandwichs roulés faits de pain coloré (rose, vert, jaune!), des tourtières. J’oubliais la dinde! Elle aussi, la pauvre(!), a été cuisinée avec amour. Enfin, le dessert royal, la bûche, aussi belle qu’alléchante. Cette opulence gastronomique est étalée sur notre modeste table revêtue pour la circonstance d’une nappe blanche, brodée et parée de vaisselle au motif doré, de diverses pièces d’argenterie, de verres en cristal…

Ce cérémonial m’enchante. Notre minuscule appartement, si peu attrayant, si peu accueillant, est soudain transfiguré. Tout est parfait pour le Réveillon. Ou presque. Peu après le souper, ma mère nous envoie nous coucher, mon frère et moi. Je suis persuadée que je n’arriverai jamais à dormir, mais je m’endors finalement. Et vers minuit, elle vient nous réveiller. C’est l’heure d’ouvrir les cadeaux qu’elle nous a achetés et emballés avec abondance de papiers, de rubans et de choux colorés.

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