Aimez-vous Mozart?

Non…

mozartPremière rencontre entre la fillette et la Musique: je suis subjuguée par une petite pièce jouée au piano que j’entends à la radio ou à la télé, j’ai oublié. C’est tellement beau, je voudrais que ça ne s’arrête pas. C’est léger, vif, gracieux, aérien. Quelle est cette chose surprenante qui exerce un pouvoir de séduction si puissant sur mon âme d’enfant? Pour le moment, je ne comprends pas que la Musique, telle une fée, une magicienne, une enchanteresse, vient d’entrer dans ma vie… Désormais, Elle va veiller sur moi, me protéger.

Et la fillette a grand besoin d’être protégée. Les adultes alentour n’ont pas le don ni/ou le goût de la réconforter, de la soutenir, de la guider. Un jour, une psychologue m’a demandé ce qui m’avait permis de survivre dans le milieu familial hostile, glacé qui fut le mien. Je ne savais pas trop quoi répondre. Mais, avec le temps, j’ai réalisé que c’était la musique et les livres qui avaient aidé l’enfant, et ensuite l’adulte, à s’évader, à s’entourer de beauté, à s’agripper avec acharnement à l’Espérance… seule restée au fond de la boîte de Pandore (voir FATIGUÉE).

Quelle était donc cette petite pièce de musique, si gracieusement enfilée au piano, qui me fit un tel effet? Il s’agissait de La Marche Turque de Mozart. Et pourquoi donc ai-je répondu par la négative à la question que je pose au début de cet article? Parce que, aujourd’hui, à soixante-six ans, la musique de Mozart m’horripile! Blasphème, crieront certains! Tout le monde aime Mozart! Un revirement aussi incongru me surprend moi-même. Je n’en vois pas d’explication rationnelle. Peut-être qu’une longue psychanalyse aiderait? Continuer à lire … « Aimez-vous Mozart? »

Fatiguée…

Cela se passe il y a une trentaine d’années. Je suis dans la cuisine. La radio joue. Le poste de radio est placé sur le dessus du réfrigérateur. Renaud commence à chanter:

Jamais une statue ne sera assez grande
Pour dépasser la cime du moindre peuplier
Et les arbres ont le cœur infiniment plus tendre
Que celui des hommes qui les ont plantés
Pour toucher la sagesse qui ne viendra jamais
Je changerai la sève du premier olivier
Contre mon sang impur d’être civilisé
Responsable anonyme de tout le sang versé

Fatigué, fatigué
Fatigué du mensonge et de la vérité
Que je croyais si belle, que je voulais aimer
Et qui est si cruelle que je m’y suis brûlé
Fatigué, fatigué

Fatigué d’habiter sur la planète Terre
Sur ce brin de poussière, sur ce caillou minable
Sur cette fausse étoile perdue dans l’univers
Berceau de la bêtise et royaume du mal
Où la plus évoluée parmi les créatures
A inventé la haine, le racisme et la guerre
Et le pouvoir maudit qui corrompt les plus purs
Et amène le sage à cracher sur son frère

Fatigué, fatigué
Fatigué de parler, fatigué de me taire
Quand on blesse un enfant, quand on viole sa mère
Quand la moitié du monde en assassine un tiers
Fatigué, fatigué

Fatigué de ces hommes qui ont tué les indiens
Massacré les baleines, et bâillonné la vie
Exterminé les loups, mis des colliers aux chiens
Qui ont même réussi à pourrir la pluie
La liste est bien trop longue de tout ce qui m’écœure
Depuis l’horreur banale du moindre fait divers
Il n’y a plus assez de place dans mon cœur
Pour loger la révolte, le dégoût, la colère

Fatigué, fatigué
Fatigué d’espérer et fatigué de croire
A ces idées brandies comme des étendards
Et pour lesquelles tant d’hommes ont connu l’abattoir
Fatigué, fatigué

Je voudrais être un arbre, boire à l’eau des orages
Pour nourrir la terre, être ami des oiseaux
Et puis avoir la tête si haut dans les nuages
Pour qu’aucun homme ne puisse y planter un drapeau
Je voudrais être un arbre et plonger mes racines
Au cœur de cette terre que j’aime tellement
Et que ces putains d’hommes chaque jour assassinent
Je voudrais le silence enfin et puis le vent

Fatigué, fatigué
Fatigué de haïr et fatigué d’aimer
Surtout ne plus rien dire, ne plus jamais crier
Fatigué des discours, des paroles sacrées

Fatigué, fatigué
Fatigué de sourire, fatigué de pleurer
Fatigué de chercher quelques traces d’amour
Dans l’océan de boue où sombre la pensée

Fatigué, fatigué

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Photo: Vera K.

Je m’agrippe des deux mains à mon frigo, et je pleure. Renaud a ouvert la boîte de Pandore. Un désespoir incommensurable s’en est échappé. Chaque mot, chaque virgule de la chanson m’arrachent des larmes. Je suis abattue, prostrée, submergée par un raz-de-marée aussi surprenant qu’inattendu. Je ne comprends pas ce qui se passe. Ni les baleines, ni les Indiens, ni les loups, ni le racisme, ni la guerre… ne sont la cause de ce séisme émotif. Pourquoi, alors, cette épithète répétée ad nauseam – FATIGUÉ FATIGUÉ FATIGUÉ FATIGUÉ FATIGUÉ – fait-elle remonter dans ma gorge une envie de mourir? Je l’ignore en ce moment. Je n’aurai la réponse qu’un vingtaine d’années plus tard. Lorsqu’un médecin spécialisé en santé mentale m’annoncera que je souffre de dysthymie. Et que la dysthymie, comme toutes les formes de dépression, s’accompagne de fatigue. Continuer à lire … « Fatiguée… »

Rira bien qui rira le dernier

D’abord, me chamailler avec mon vieil ordinateur qui refuse de m’ouvrir une page…    Ensuite, me rabattre sur le portable qui est d’une lenteur exaspérante et dont le clavier est different. Je ne trouve plus les accents, crotte!    Bon, le v’la qui me met tout ca en gras et en travers, maintenant… Je vais quand meme l’ecrire cet article.

                  RIRA BIEN QUI RIRA LE DERNIER!

Mon père avait le sens de l’humour. Heureusement, car il a été trop souvent malade.

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Photo: Vera K.

Mon père a passé la dernière semaine de sa vie à l’hôpital. Ce jour-là, il dînait. Je lui faisais la causette. Tout à coup, j’ai entendu un bruit de vaisselle cassée. Je me suis tournée, et j’ai constaté qu’une employée avait échappé un plateau contenant, entre autres, de la soupe! J’ai raconté l’incident à mon père. Peu après, la même employée est venue dans la chambre desservir. Et mon géniteur de lui lancer, les yeux pétillants, un sourire en coin: « Il paraît que t’as renversé un plateau… J’t’ai pas vue, est-ce que tu pourrais recommencer? » « Tout de suite, si vous voulez! », a dit la jeune femme avec le même humour bon enfant. Puis, le soir même, à 21h40, mon père s’est éteint. Il avait 82 ans.

Il m’arrive souvent d’afficher un sourire radieux et même de rire de bon coeur. En dépit du fait que cette gaieté n’est souvent qu’un masque, je préfère le porter afin de ne pas infliger continuellement à mon entourage une mine d’enterrement. Mais, au fond, j’ai hérité du sens de l’humour paternel. Précieux héritage, car cette qualité rend la cohabitation obligée avec la dysthymie un peu moins âpre.

J’ai eu le bonheur de retrouver, il y a un an, mon cher ami d’enfance à l’esprit pétulant, railleur, vivifiant. Nous avons franchi, tous les deux, un fossé de quarante années sans trop nous émouvoir! Et nous avons repris où nous avions laissé, mais avec encore plus de connivence, d’intimité, de bonne humeur. Aujourd’hui, quand nous tchatons sur Facebook, c’est pour nous livrer, le plus souvent, une sorte de duel verbal facétieux qui me fait immanquablement rire. Le rire cache une arrière-pensée d’entente, je dirais presque de complicité.(Henri Bergson) Mille mercis, très cher Jacot, mon vieux complice… Avec toi, mon moral est toujours à la hausse. Continuer à lire … « Rira bien qui rira le dernier »