« On dirait que t’aimes rien »

Dixit mon premier beau-père. En effet, à ce moment-là, je n’aimais rien…

Mais je ne m’en rendais pas compte. Il y avait si longtemps que je marinais dans cet état d’esprit lamentable que je n’étais pas en mesure de le reconnaître. J’avais perdu tout souvenir d’un moment heureux et de la sensation physique et émotionnelle qu’il procure. Le diagnostic de mon beau-père, bien qu’il m’ait surpris, s’est avéré d’une justesse étonnante.

Je n’aimais rien ni personne. Sans doute depuis l’histoire de la poupée-mariée (voir BONJOUR TRISTESSE). Ce Noël-là, mon âme d’enfant s’est fissurée. La Tristesse, accompagnée de la Colère et de la Haine, s’est infiltrée par la brèche et a inondé mon âme, tel un raz-de-marée funeste. Comment une petite fille pourrait-elle combattre seule les Erinyes?

J’avais perdu, presque complètement, la faculté de me faire plaisir et son corollaire, la faculté d’éviter le dé-plaisir. Ne pas savoir démêler le plaisir du déplaisir représente un handicap majeur. Les animaux n’éprouvent pas ce problème. Ils ne se dirigent jamais de leur plein gré vers une source connue de souffrance. Ce n’est pas le cas des êtres humains, visiblement. Pour des raisons psychologiques compliquées à souhait! La femme battue qui retourne inlassablement auprès de son mari en est l’exemple classique et tragique.

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Collage: Vera K.

Moi, je suis l’exemple classique, également tragique, de la fille d’un père alcoolique qui épouse un alcoolique. Et trois fois plutôt qu’une! Cependant, mon troisième conjoint fait partie de la grande famille des AA et est sobre depuis que nous sommes mariés. Entre le premier mari et le dernier, plus de trente ans se sont écoulés. L’être humain apprend lentement...(je crois que la citation est de Carl Gustav Jung).

Il y a une douzaine d’années, j’ai voulu mettre sur pied un groupe dont les membres se seraient entraidés à se faire plaisir. J’avais trouvé un joli nom pour le groupe: « PLAISIRS À LA CARTE »; élaboré les règles pour le structurer; amassé une tonne de dépliants suggérant toutes les activités possibles; trouvé une belle illustration, style art déco, d’une femme élégante en train de déguster un savoureux café, comme en-tête des feuilles explicatives… Mon idée était excellente, mais je ne l’ai jamais mise à exécution. Incapable de m’accorder ce plaisir.

Ma mère ne se faisait pas plaisir. Sa philosophie de vie se résumait à un verbe: endurer. Quand elle a su que je quittais mon premier mari, elle m’a blâmée rageusement et m’a infligé une harangue impitoyable: « Je l’ai ben enduré, moi, mon mari, tu peux ben endurer le tien… » S’en suivait une énumération des choses répugnantes qu’elle avait dû endurer, comme essuyer les crachats de mon père sur le plancher… Endurer s’avérait une preuve de courage et de force morale pour elle. C’est de cette façon que ma mère survivait.

Quant à mon père, il avait une façon de se faire plaisir qui me donnait la nausée. Je l’observais porter le verre de bière à sa bouche et en avaler lentement le contenu. Il avait l’air de jouir de sa bière, ce qui m’écoeurait au plus haut degré. Cela m’apparaissait comme un geste d’une obscénité révoltante. Je ressentais une envie incommensurable de lui casser sa bouteille de bière sur la tête. Le même phénomène se produisait lorsqu’il fumait entre deux gorgées de bière. La bière et la cigarette étaient les plaisirs qui permettaient à mon père de survivre.

On n’apprend pas à se faire plaisir sainement avec des parents comme les miens! Avec qui et comment l’apprend-on alors? Heureusement, les livres et la musique m’ont donné un sacré coup de main.

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Photo:  Vera K.

Sans les milliers de livres que j’ai lus depuis que j’ai appris à lire, et sans toute cette musique, variée à l’infini, que j’ai écoutée depuis toute petite, je serais sans doute morte. J’éprouve une profonde reconnaissance pour tous ces auteurs et tous ces compositeurs qui ont ensoleillé ma triste vie et qui continuent de le faire.

Si lire et écouter de la musique représentent deux façons saines de me faire plaisir, par ailleurs, c’est un peu comme si je ne mangeais que du riz et des carottes, et absolument rien d’autre. Les plaisirs doivent être variés, exactement comme les aliments. Or, je souffre de dysthymie, une forme de dépression légère mais chronique que l’on pourrait définir aussi comme une incapacité (ou du moins une grande difficulté) à éprouver du plaisir (et ce, parallèlement à tous les autres symptômes qui accompagnent la dépression).

Un jour, dans un atelier sur la dépression, on nous a donné une feuille sur laquelle était inscrite plus d’une centaine d’activités susceptibles de procurer du plaisir. J’avais beau les lire et les relire, je ne voyais pas comment aucune de ces activités aurait pu être une source de plaisir pour moi! En terme scientifique, ce phénomène s’appelle: »anhédonie ». Le mot est un néologisme proposé par Théodule Ribot 1896 pour désigner l’insensibilité au plaisir. (Wikipédia)

Très curieusement, l’anhédonie peut se retrouver chez des personnes ne souffrant d’aucune maladie mentale, comme l’anhédonie musicale qui toucherait de 2 à 5% de la population. (Wikipédia) Merci Seigneur, ce n’est pas mon cas! Comment ferais-je pour vivre sans Bach… et tous les autres? Bien que ce soit une petite digression, je tenais à noter le fait parce qu’il montre à quel point la mécanique humaine est complexe, déroutante et finalement méconnue.

Mais, en général, l’anhédonie est un symptôme médical retrouvé dans certaines maladies psychiatriques… Il caractérise l’incapacité d’un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations de vie pourtant considérées antérieurement comme plaisantes. Cette incapacité est fréquemment associée à un sentiment de désintérêt diffus. L’anhédonie… est fréquemment observé au cours de la dépression… dont il est considéré comme un des critères diagnostiques par le DSM-IV. (Wikipédia)

Mon beau-père aurait pu me dire que je manifestais un désintérêt diffus, s’il avait été plus savant, mais son gros bon sens lui avait quand même permis de mettre le doigt sur le bobo. Je me souviens que le ton n’était pas méchant, mon beau-père semblait plutôt surpris et même un peu attristé de me voir dans cet état. Par contre, ma belle-mère n’éprouvait nulle compassion à mon égard et manifestait son hostilité ouvertement. Elle percevait mon attitude comme une offense personnelle. Il est vrai que je n’aimais guère cette mégère et même que je la haïssais.

Comment échappe-t-on à ce cercle vicieux? Si j’ai mal au coeur, parce que je souffre d’une gastro, et que vous me présentez le plat le plus alléchant qui soit, croyez-vous que je vais manger? Évidemment non. Si j’ai mal à l’âme, parce que je souffre de dysthymie, et que vous me présentez une activité alléchante pour la majorité des gens, croyez-vous que je vais sauter de joie? Ben non. La gastro fait en sorte qu’aucun mets ou aliment ne suscite d’intérêt, ce serait même plutôt le contraire. La dysthymie provoque sensiblement le même effet par rapport aux activités plaisantes.

dr-burnsMais la possibilité de contrer cette incapacité envahissante prononcée d’éprouver du plaisir ou de répondre de façon positive à l’anticipation d’éprouver du plaisir (Klein 1974) existe. Le Docteur David D. Burns, dans son livre « Être bien dans sa peau », raconte l’histoire d’une femme qui souffrait de dépression et à laquelle il avait suggéré de faire une tarte (c’était une femme qui aimait cuisiner avant sa dépression). Elle lui avait répondu qu’elle était persuadée de n’éprouver aucun plaisir à faire de la pâtisserie. Malgré tout, elle a cuisiné la tarte et, à sa grande surprise, elle en a tiré du plaisir.

Ce que le Docteur Burns veut démontrer c’est qu’il ne faut pas s’attendre à ressentir du plaisir, il faut passer à l’action... le plaisir suivra (on dit aussi, l’appétit vient en mangeant… si la gastro a disparu, bien entendu!). Ou ne suivra pas. Parce que si tous les goûts sont dans la nature, chaque nature possède les siens propres. Je ne crois pas que j’éprouverais bien du plaisir à jouer au golf, mais encore là, je n’ai jamais essayé. Donc, cette fameuse liste d’activités qui ne me disait rien qui vaille et sur laquelle je posais un regard dédaigneux pourrait bien s’avérer une mine d’or, pour peu que je m’en donne la peine…

Oups, pas si simple! Le livre du Docteur Burns, je l’ai lu et relu quelques fois. J’ai essayé et réessayé de mettre en pratique les techniques suggérées dans les différents chapitres et qui semblaient si bien fonctionner… pour les autres. Mais, je n’y suis pas parvenue. Tout avait l’air si simple et si facile dans cette forme de thérapie cognitive-comportementale. Cela ressemblait à une panacée! Mais, visiblement, ce n’en était pas une pour moi. J’ai été obligée d’admettre que l’empreinte des parents s’avérait extrêmement forte, et que j’étais, littéralement, marquée au fer rouge.

Aussi, la lecture et la musique mises à part, toutes les autres formes de plaisir représentent pour moi un défi particulièrement difficile à relever. Cela met ma patience à rude épreuve! Et je maudis cette tendance qui consiste à faire croire que tout est facile: faire une tarte, c’est facile, jouer du piano, c’est facile, apprendre le chinois, c’est facile… D’ailleurs, pour toutes les activités imaginables, il existe un …pour les Nuls. Ben justement, cette idée est nulle parce que totalement fausse. Il est loin d’être facile de vivre avec la dysthymie, et, pour une bonne majorité de gens sur la planète, il est loin d’être facile de vivre, tout court.

Croire que tout est facile fait naître mille obstacles                                                               Mais le Sage croyant que tout est difficile                                                                                 Tout s’aplanit devant ses pas.

 Lao Tseu2

Lao Tzeu

Vous qui lisez cet article, éprouvez-vous de la difficulté à vous faire plaisir?

Quelles sont les activités qui, en dépit de la dysthymie, vous procurent de la joie?

Vous reproche-t-on de souffrir d’anhédonie?

N’hésitez pas à m’écrire!

Dodo, l’enfant do…

… l’enfant dormira bien vite. Dodo, l’enfant do, l’enfant dormira bientôt.

L’enfant dormait d’un sommeil presque paisible. Si l’on excepte ce rêve, véritable cauchemar, qu’elle eut une nuit et dont l’adulte se souvient encore: Je suis sur la galerie de l’appartement de mes parents. Mon père a installé une planchette suspendue entre deux cordes qui me sert de balançoire, au plafond de la galerie. Une vieille femme est assise sur ma balançoire. Tout en se balançant, elle apparaît puis disparaît tour à tour. Cette vieille femme est une SORCIÈRE, je le sais et cela me remplit de terreur.

Je me suis longtemps demandée ce que signifiait ce rêve. J’ai finalement compris que la femme sur la balançoire, c’était ma mère. Elle griffait mon âme et souvent même la déchirait; ou bien elle disparaissait dans sa cuisine me laissant seule face aux aléas de la vie. Je n’ai pas souvenir d’avoir été bercée par cette femme. Je n’ai pas souvenir non plus qu’elle m’ait lu un histoire avant de m’endormir.

Malgré tout, jusqu’à la mi trentaine, j’arrivais à dormir à peu près convenablement. J’habitais, avec ma fille, un appartement dans une tour faisant partie d’un complexe de HLM. Une horrible tour en béton au milieu d’un abominable ghetto où la promiscuité m’affectait terriblement.

J’ai commencé alors à éprouver de la difficulté à m’endormir. Pour y remédier, j’ai acheté une toute petite bouteille de Brandy. J’ignore d’où m’est venue cette curieuse idée! Comme je ne supporte pas l’alcool, je prenais une seule cuillère de Brandy, ce qui était suffisant pour que je m’assoupisse.brandy

Je croyais avoir trouvé la panacée. Mais, au bout d’un court laps de temps, il a fallu deux puis trois cuillères de Brandy pour arriver au même résultat. J’ai donc acheté des plus grosses bouteilles de mon élixir de dodo. Je les cachais, je ne voulais pas que ma fille croit que je sombrais dans l’alcoolisme. Heureusement, je n’ai pas hérité de ce gène paternel.

Pourquoi ne suis-je pas allée consulter un médecin pour lui faire part de mes problèmes de sommeil? Je me pose encore la question aujourd’hui. Je crois que je vivais dans un état d’hébétude tel que cette idée ne m’a jamais traversé l’esprit! L’hébétude est un état morbide marqué par une obnubilation des fonctions intellectuelles, explique le Petit Robert. Cette hébétude peut être causée par une émotion violente, entre autres. Or, la vilaine tour s’avérait un concentré d’émotions violentes…

Un jour, une femme emménage dans l’appartement situé en face du mien. Son père… dans l’appartement à la gauche du mien. La femme vit la nuit et est en guerre avec son père. Leurs affrontements sont particulièrement violents et bruyants. Quelques semaines plus tard, un homme vient habiter avec elle. Mal lui en prend! Elle le bat (il est tout petit, elle est très grosse), le laisse poireauter à la porte de l’appartement qu’elle garde barrée de l’intérieur, et, finalement, lui plante un couteau dans une cuisse…

Je fus le témoin auditif, pendant une interminable année, de l’histoire d’amour démente entre cette femme, son père et son amant, année au bout de laquelle la Direction signifia à ma voisine d’aller semer le trouble ailleurs. Année, également, durant laquelle je pris l’habitude de fermer la porte de ma chambre et de m’acheter des bouchons pour ne plus entendre les délires nocturnes de cette pauvre folle. Trente ans plus tard, il me faut encore mes bouchons pour me protéger du bruit ambiant, même si j’habite une jolie maison dans un joli quartier tranquille et que le seul bruit que j’entends la nuit ce sont les doux ronflements de mon charmant mari!

Aller vivre dans cette tour fut sans aucun doute la pire décision de ma vie, et, malheureusement, ma fille dut en subir elle aussi les conséquences pendant treize ans (quel chiffre malchanceux!), ce qui m’attriste infiniment. On ne peut imaginer pire endroit pour élever un enfant. Ma fille avait une amie qui habitait au  neuvième étage (nous étions au quatrième). Un matin, très tôt, la mère de cette amie s’est lancée du haut de son balcon…

effroiChaque jour apportait son lot d’aberrations, de comportements dictés par la misère et la bêtise humaine qui avaient pour effet de me mettre dans un état d’alerte constant. Je dormais mal et les rêves étaient à l’avenant:Je suis seule à la porte d’entrée de l’immeuble. La porte est vitrée. À l’extérieur, un homme d’âge moyen m’observe. Il est vêtu d’une manière parfaitement banale. Rien n’attire l’attention sur cet homme… sauf son regard. Il est VIDE. Aucune expression humaine de quelque nature ne se dégage de ce regard qui devient par le fait même terrifiant. Je sais que cet homme est le DIABLE. JE SUIS SAISIE D’EFFROI. Je sais aussi que peu importe l’endroit où je pourrais me cacher dans cette tour qui compte quatorze étages et près d’une centaine de logements, « IL » me trouverait. Je ne peux, en aucune façon, lui échapper. Sauf, en restant là, plantée devant lui, à le regarder droit dans les yeux…

Au bout de ces treize années d’épouvante, un homme est entré dans ma vie et je l’ai suivi en laissant le ghetto loin derrière. Cet homme était un alcoolique, sobre au moment où je l’ai rencontré (!), qui avait fait quelques cures de désintoxication et qui disposait donc d’une prescription de Librium. Comme le Brandy ne m’aidait plus à dormir, j’ai pigé dans son pot de tranquillisants. Cela s’appelle tomber de Charybde en Scylla…

À tous points de vue d’ailleurs, parce qu’il s’est avéré rapidement que vivre avec le nouvel amoureux était encore pire que vivre dans la tour diabolique!!! Je croyais avoir connu l’enfer, je n’avais connu que son antichambre. Avec cet homme qui s’est remis à boire et à faire des aller-retour en désintoxication, les flammes de l’enfer m’ont brûlée vive. J’ai cru réellement que je ne m’en sortirais pas vivante.

C’était la deuxième pire décision de ma vie. Elle impliquait moins ma fille qui était adulte et qui vivait dans une autre ville. HEUREUSEMENT! Puis, avec l’aide de puissances supérieures, de quelques amis et de ma fille, j’ai quitté cet appartement devenu une réplique parfaite de la géhenne. Mes amis m’ont alors suggéré de consulter un médecin et c’est ainsi que j’ai échoué dans le bureau d’un médecin spécialisé en santé mentale.

C’est ce médecin qui m’a appris que je souffrais de dysthymie. Il m’a proposé de prendre des antidépresseurs, ce que j’ai accepté, et il m’a prescrit un médicament pour dormir (un tranquillisant). Encore une fois, j’ai cru que j’avais trouvé la panacée et que j’allais enfin dormir comme un bébé. J’ai déchanté rapidement. D’abord, il a fallu tester les dits tranquillisants. Il en existe de nombreux et, au cours des années qui ont suivi, je les ai à peu près tous essayés. Celui que je prends actuellement n’est pas le meilleur pour moi, c’est le moins pire…

piluleEnsuite, je me suis rendue compte (et cela est démontré scientifiquement) que le sommeil induit par un médicament est d’une qualité inférieure au sommeil qui vient naturellement. Les phases de sommeil profond, qui sont celles qui permettent à l’organisme de refaire ses forces, sont écourtées au profit des phases de sommeil paradoxal, qui sont celles des rêves. Et pour finir, je note que les rêves eux-mêmes sont modifiés, altérés par les médicaments. Ils deviennent déroutants, envahissants, bizarroïdes… loin d’être reposants!

Bref, au fil des ans, j’ai essayé diverses méthodes pour me libérer de l’emprise des tranquillisants et pour obtenir, par le fait même, un sommeil de meilleure qualité. Pour mon anniversaire, il y a quelques années, ma fille m’a offert un livre fort intéressant sur le sommeil. C’est un geste qui m’a beaucoup touchée. Ma grande essaie de m’aider de son mieux et quand elle voit un livre, un article sur internet, ou qu’une amie lui parle d’une forme de thérapie qui l’a aidée, elle s’empresse de me communiquer l’information. À chaque fois, je prends bien note de sa suggestion.

Me voilà donc dans le bureau d’un acupuncteur. L’objectif est clair: dormir par mes propres moyens. La nuit suivant mon premier traitement, je dors comme jamais je n’ai dormi depuis que je suis au monde… Je découvre avec émerveillement ce que signifie une bonne nuit de sommeil. C’est fabuleux!!! Je me crois sauvée, encore une fois… Cependant, cette divine nuit de sommeil s’avéra la seule à laquelle j’eus droit. En dépit du fait que j’ai suivi le traitement d’acupuncture pendant près de six mois, à raison d’une séance par semaine, le sommeil naturel tant désiré n’a jamais repointé le bout de son nez.

D-É-C-E-P-T-I-O-N………….

J’ai appris, un peu tard, que l’acupuncture n’est pas efficace dans un cas de dépression (donc de dysthymie, également). Cependant, je ne considère pas avoir perdu ni mon temps ni mon argent. En effet, tous les traitements que j’ai suivis, dans diverses formes de thérapies douces, m’ont permis d’améliorer mon état de santé général. Résultat: depuis plusieurs années, je n’ai pas attrapé le plus petit rhume!

C-O-N-S-O-L-A-T-I-O-N………….

Les problèmes de sommeil liés à la dysthymie ne se règlent pas facilement parce qu’ils relèvent d’un dysfonctionnement de la sérotonine dans le cerveau. Ce n’est certes pas en évitant de prendre du café après quatre heures de l’après-midi, en se relevant si au bout de quinze minutes on ne dort toujours pas, en ne réservant le lit que pour le sommeil et les ébats amoureux… que l’on pourra s’exclamer: je dors comme un loir! Il faut seulement espérer que, d’une manière ou d’une autre, la précieuse SÉROTONINE sera rétablie dans ses fonctions normales! C’est la grâce que je nous souhaite… ardemment.

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Berthe Morisot

Vous qui lisez cet article, de quelle nature sont vos troubles du sommeil:

  • est-ce que vous souffrez d’insomnie?
  • ou plutôt d’hypersomnie?
  • prenez-vous des médicaments pour dormir?
  • faites-vous des cauchemars ou des rêves bizarres?

N’hésitez pas à m’écrire!

                                                                                                                                                            

Vivre avec un(e) dysthymique

Bon matin   ma belle   ma douce femme 

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Ourson: moi   Girafe: mon mari       Photo Vera K.

J’espère, je prie pour que cette « /$%?&*(&*() fatigue te lâche un peu. J’aimerais tellement pouvoir t’aider. Je n’ai que ma compassion et mes bras à t’offrir… T’aime  T’aime tellement   Ton homme à toi   P. XXXXXXXX

Bon matin   ma belle amour… TU NE M’INFLIGES RIEN DU TOUT… ça c’est à l’intérieur de toi. Moi, je suis juste triste de ta tristesse… je me sens impuissant c’est ce qui est plus difficile pour moi, mais ça, ça m’appartient. En tout cas je prie… de ce temps-là je lui crie « Coudonc tu m’entends-tu? » Tu comptes tellement pour moi… Tu ES tellement pour moi. T’aime   À tantôt   Ton homme   P. XXXXXXXX  (petits mots que me laisse mon mari sur la table, le matin, avant de partir travailler)

Quand on est aimée à ce point-là, comment ose-t-on se lamenter? Je me le demande continuellement. J’ai la chance inouïe d’être mariée avec un homme qui se ferait hacher menu pour moi! Qui, après dix ans de vie commune, me trouve encore belle, fine, intelligente… Et qui prie de tout son coeur pour que je me porte le mieux possible!!! Dans ce cas, pourquoi suis-je encore dysthymique???

Parce que l’Amour – même avec une grand A – n’engendre pas de guérison miraculeuse. L’Amour n’est pas une panacée. Aussi bête et aussi triste que cela puisse paraître! La Vie est INJUSTE… de toutes les façons. Et la maladie est bel et bien là, impossible de la nier. Alors, comment composer avec elle?

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Collage: Vera K.

Voici donc un petit mode d’emploi à l’usage de la personne qui vit avec un(e) dysthymique. Il pourrait s’avérer utile! En ce qui me concerne, le diagnostic est clair. Mon mari n’a pas à se demander pourquoi je suis triste, fatiguée, je ne veux voir personne… Il connaît la cause de ces émotions. Si je ne lui avais pas expliqué ce qu’est la dysthymie, il pourrait prendre mes dysfonctions de l’humeur pour des traits de caractère et la situation s’en trouverait aggravée.

Premier point: connaître la maladie. Lisez abondamment sur cette forme de dépression. Vous serez en mesure, par la suite, de poser des questions à des médecins, psychologues, psychiatres ou toutes autres personnes spécialisées en santé mentale sur des points que vous ne comprenez pas très bien. Il se peut que votre première question soit: « Est-ce que la dysthymie se guérit? ». Parce que vous aurez lu dans certains articles que cette maladie se guérit, alors que d’autres affirment le contraire. Malheureusement, les spécialistes que vous rencontrerez seront eux aussi divisés quant à la réponse.

Assez déprimant, je l’avoue… sans jeu de mot! J’étais suivie par un psychiatre qui suggérait que le pronostic concernant la dysthymie n’était pas favorable… Guère encourageant. Quant au médecin spécialisé en santé mentale qui avait formulé le diagnostic de dysthymie, il disait clairement que cette maladie ne se guérit pas, mais qu’on apprend à vivre avec… Plutôt décourageant.

Bémol indispensable: 75% des gens qui souffrent de dysthymie souffrent également d’une autre pathologie (alcoolisme, phobies, anxiété généralisé…). Je fais partie du 25% de dysthymiques purs. Il est peut-être impossible de guérir de la dysthymie si on doit composer avec un ou deux autres troubles de l’humeur. Mais, si le problème c’est la dysthymie et rien d’autre (c’est bien assez quand même!), personnellement je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas connaître le bonheur de voir le mot GUÉRI(E) inscrit dans son dossier médical !!!

Aussi, je pars du principe que cette damnée maladie est guérissable. Même si j’ignore comment… pour l’instant.boris Boris Cyrulnik, qui est un éminent neuropsychiatre, raconte: Je fais partie de la génération des médecins (B. Cyrulnik est né en 1937) à qui on disait que les enfants ne souffraient pas. Nos maîtres nous apprenaient que les voies nerveuses qui transmettaient la douleur n’étaient pas terminées, et, que, donc, un enfant ne souffrait pas. Alors, on pouvait l’opérer sans anesthésie… Ce qui est terrible et faux. C’est faux parce qu’on peut très bien conduire les voies nerveuses ou on peut très bien parler alors que notre lobe temporal gauche n’est pas terminé. Donc, c’était une faute biologique, et, en plus, c’était terrible pour les enfants qui ont été traumatisés par des interventions sans anesthésie… c’est un crime, quoi. On a commis ça au nom d’une théorie absurde. (Stéphan Bureau rencontre Boris Curulnik, p.155, 156)

Serait-ce également une faute biologique et même un crime d’affirmer que la dysthymie ne se guérit pas???

Deuxième point: il existe des groupes d’entraide pour les personnes dont le/la conjoint(e) souffre d’une maladie mentale. J’en ai parlé à mon mari. Il m’a répondu que ça ne l’intéressait pas d’entendre des gens se plaindre (!). Cependant, si vous vous avez besoin d’exprimer vos émotions, d’échanger avec des personnes qui vivent une situation apparentée, ces groupes peuvent apporter une aide précieuse. Vous aussi, vous vivez des émotions plus ou moins pénibles, ne les sous-estimez pas. Pas besoin d’une deuxième personne malade!

Troisième point, et non le moindre: comment négocier avec les symptômes? Ils sont nombreux, le dépliant de la pharmacie en compte quatorze. Votre conjoint(e) ne les présente pas tous (du moins je le souhaite!), mais je vais les passer en revue les uns après les autres. J’aime le travail bien fait!

1. Sentiment d’inutilité, d’impuissance et de désespoir. Ça commence raide! Oui, mais la première chose à se dire c’est qu’on a affaire à la dysthymie qui est une forme de dépression légère, et non à une dépression majeure. Donc les symptômes sont atténués. Aussi, le sentiment d’inutilité, d’impuissance et de désespoir se présente sous une forme modérée.

Ce que je vous conseille ici est d’une importance primordiale et pourrait s’avérer la meilleure façon d’adoucir le quotidien que vous partagez avec une personne souffrant de dysthymie: ne luttez pas contre les symptômes, accueillez-les. Ouvrez grand vos bras, votre coeur, mais juste un peu votre tête! Vous ne pouvez imaginer le pouvoir de l’écoute chaleureuse. Dans notre société intellectualisée à outrance, cette qualité fait cruellement défaut. Écouter semble facile, pourtant cela constitue un véritable défi pour la plupart d’entre nous. Lorsque vous écoutez réellement votre conjoint(e) exprimer son inutilité, son désespoir… vous prenez une partie de ces émotions sur vous. Si vous arrivez à ne pas être trop affecté(e), ce qui n’est pas si simple non plus, votre conjoint(e) se sentira allégé(e) comme par magie!

2. Insomnie ou sommeil excessif. Personnellement, je prends un médicament pour dormir prescrit par mon docteur parce que je souffre d’insomnie (et je ne me creuse pas la tête avec ça). Dans le cas de sommeil excessif… laissez la personne dormir sans la culpabiliser, ce sont des heures volées à la dysthymie!

3. Appétit moins grand que d’habitude, mais parfois beaucoup plus.gateau Si la personne malade n’a plus le goût de manger, il vous faudra faire preuve d’imagination pour stimuler son appétit. Une nutritionniste pourrait vous conseiller. Dans le cas contraire, suggérez à la personne qui mange trop de faire de l’exercice avec vous pour brûler les calories superflues. Excellent aussi pour la production de sérotonine!

4. Difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions. En ce qui concerne les petites décisions, je demande souvent à mon mari… de les prendre à ma place! Quant aux grandes, j’attends d’être dans une bonne journée pour décider. Idem pour la concentration, suivre ses fluctuations… sans s’énerver.

5. Manque d’intérêt à participer à des activités. Votre aide peut être très appréciable dans cette situation. La personne qui souffre de dysthymie a besoin de bouger, mais une force d’inertie s’y oppose. Ici, je vous suggère de lutter contre ce symptôme! Insistez (gentiment mais fermement) pour aller au cinéma, au restaurant, au centre commercial… sinon votre conjoint(e) restera assis(e) à lire ou à écouter la télé sans remuer le petit doigt.

6. Diminution des pulsions sexuelles. Je connais un couple qui a consulté un sexologue pour ce symptôme. La consultation s’est avérée bénéfique.

7. Évitement des autres. Le « sôcial » n’est pas la tasse de thé de la personne dysthymique. Pour toutes sortes de raisons évidentes. Mais, encore une fois, poussez un peu pour que votre conjoint(e) voie du monde, pas trop à la fois, et ça ne lui fera que du bien.

8. Crises de larmes sans raison apparente. Accueillez, accueillez, accueillez. Ouvrez grand vos bras et votre coeur. Fournissez les kleenex… L’orage va finir par passer. Et rappelez-vous qu’après la pluie, le beau temps! En ce qui me concerne, les crises de larmes sont souvent causées par un excès de fatigue, aussi, je ne suis pas persuadée que dans le cas de la dysthymie, du moins, elles soient sans raison apparente.

9. Sentiments écrasants de tristesse ou de chagrin. Corollaire du précédent! Ne vous laissez pas accabler par cette tristesse. Quand l’orage est passé, cultivez l’humour. Personnellement, je lis des auteurs qui me font rire (voir Rira bien qui rira le dernier). J’apprécie aussi les films comiques, les spectacles d’humoristes. Créez une banque d’histoires drôles que vous raconterez à votre conjoint(e). Mon mari a toujours une histoire ou une blague en réserve, ce qui allège beaucoup l’atmosphère. Nous rions souvent, croyez-le ou non !

10. Sentiment déraisonnable de culpabilité. S’agirait-il de la vieille culpabilité judéo-chrétienne? Peut-être. Cette nuit, j’ai rêvé que je n’avais pas donné de nouvelles, depuis un bon moment, à mes parents, chez qui j’habite… et je me sentais terriblement coupable (en réalité, ils sont morts depuis dix ans). Je fais régulièrement ce genre de rêve. Est-ce que l’état dépressif ferait ressurgir de vieux conflits avec les parents? Ou est-ce que les vieux conflits avec les parents créent cet état dépressif? La poule ou l’oeuf! Comme vous n’êtes pas psychologue, faites de votre mieux pour tempérer, sans plus.

11. Perte d’énergie, impression d’épuisement. Oubliez les vitamines et autres produits naturels supposés redonner de l’énergie. Ça ne fonctionne pas dans ce cas-ci. Si vous êtes un adepte de l’exercice physique, entraînez doucement votre conjoint(e) à en faire avec vous. Le yoga, le Qi Gong… peuvent aussi aider à retrouver un peu de tonus. Laissez la personne faire des siestes ou dormir douze heures par jour, selon ses besoins. Vous allez probablement constater quelques poussées d’énergie quand le/la dysthymique ressent de l’intérêt pour une activité, et des baisses quand il/elle s’ennuie…

12. Maux de tête et troubles digestifs fréquents. Je suggère l’acupuncture ou d’autres formes de médecine orientale. Pour moi, ça fonctionne bien.

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13. Faible estime de soi, dévalorisation de tout ce que l’on fait. Quand mon mari était enfant, il voulait aider son père dans des travaux de menuiserie. Il se plaignait d’être petit et de ne pas pouvoir faire beaucoup de choses. Son père lui répondait: « Le clou que tu as planté, je n’ai pas besoin de le planter… » Aujourd’hui, mon mari valorise tout ce que je fais en utilisant un peu la même formule. Et quelquefois ça marche!

14.img_3839 Pensées relatives à la mort, à des choses morbides ou suicidaires. J’espère que vous ne faites pas partie des gens qui ont la phobie de la mort, à l’instar de notre société occidentale! Parce que, lorsqu’on souffre de dysthymie, on aime bien penser à la mort et en parler. La mort est une « amie », ce qui ne veut absolument pas dire qu’on ait des pensées suicidaires pour autant. Comme mon mari ne craint pas la mort, je peux m’exprimer librement sur le sujet et je lui en suis reconnaissante. Ça me fait du bien de penser que toute cette m… va se terminer un jour. Par ailleurs, si vous remarquez que votre conjoint(e) insiste un peu trop sur le sujet, soyez vigilant. À la dysthymie peut s’ajouter une dépression majeure (« double dépression ») et entraîner des pensées suicidaires qui nécessitent une aide professionnelle rapidement.

À cette déjà longue liste de symptômes, j’en ajouterai un autre (que le dépliant de la pharmacie ne mentionne pas) parce qu’il a son importance et surtout parce que je présente ce symptôme. Négligence de l’apparence et de l’hygiène. Lorsque ma mère est morte, j’ai mis tous ses vêtements dans un seul sac vert que j’ai jeté à la poubelle. Ma mère ne possédait que des guenilles parce qu’elle souffrait de dépression et non parce qu’elle manquait d’argent. Quant à moi, je vais être franche, j’ai une tendance marquée à me laisser aller, à négliger mon apparence et mon hygiène. Ma garde-robe est réduite au strict minimum et je ne fréquente pas ma baignoire très régulièrement! J’apprécierais que mon mari m’amène au magasin, à l’occasion… J’apprécierais aussi qu’il me fasse couler un bain (avec mousse), à l’occasion… Ceci est un message subliminal.

Suggestions de lecture: »VIVRE AVEC LA DÉPRESSION »chien-noir – Comment vivre avec un dépressif: conseils pour un quotidien harmonieux. (Titre original: LIVING WITH A BLACK DOG – How to take care of someone with depression while looking after yourself). Adorable petit livre de Matthew et Ainsley Johnstone. Facile à lire, il est imagé avec beaucoup d’humour et rempli d’informations pertinentes. Bien qu’il traite de dépression majeure, ce livre peut s’avérer utile à toute personne aux prises avec la dysthymie. À lire absolument, ne fut-ce que pour s’accorder le plaisir de se moquer de cette maladie qui annihile le plaisir!

Autre livre que j’ai beaucoup apprécié: « LA DÉPRESSION CONTAGIEUSE » de Ronald M. Podell. Livre écrit par un psychiatre, ce qui n’est pas le cas du premier. Plus volumineux, ne mettant pas particulièrement l’accent sur l’humour, et traitant le sujet plus en profondeur (ici également il est question de dépression majeure) mais fort intéressant grâce à son approche simple, humaine et compatissante de l’auteur. « Les recherches ont démontré, affirme Le Dr Podell, que la présence d’un conjoint chaleureux, attentionné et réconfortant est la plus importante prévention psychologique contre la dépression. Alors, ne mésestimez jamais la valeur d’une bonne relation avec la personne dépressive. »

Finalement, qu’en est-il de la prière?

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Photo: Vera K.

Lorsque je file un très mauvais coton, mon mari prie pour moi. Alors le gros chien noir rapetisse à vue d’oeil (c’est Winston Churchill qui a vulgarisé cette expression « Black dog » pour désigner la dépression dont il a souffert pendant la plus grande partie de sa vie). Ses prières ont un effet d’apaisement immédiat. À chaque fois, je suis saisie d’émerveillement et de reconnaissance. En réalité, mon mari prie pour moi d’une manière continue, mais il crie plus fort à l’occasion! Sans ses prières débordantes d’amour, ma vie serait intenable. MERCI, mon homme…

Vous qui lisez ces lignes, quelle est l’émotion qui prévaut face à votre conjoint(e) souffrant de dysthymie?

Avez-vous mis au point une « stratégie » avec votre partenaire pour affronter la maladie?

Avez-vous une vie bien à vous en dehors de la maladie (loisirs, sports, amis…)?

N’hésitez pas à m’écrire!

 

La rage au volant

Le passé de cette femme est tragique. Elle a tout souffert: inceste, viol, abus innommables, abandon, humiliations…

Pour survivre, elle a bu. Beaucoup, jusqu’à devenir alcoolique. Il en fallait de l’alcool pour noyer cette armée de démons. Mais les démons ont la vie dure et l’alcool, au lieu de les noyer, décuple leur pouvoir. La femme l’ignorait. Et elle a payé très cher cette ignorance. Un soir, elle est allée dans un bar, a rencontré un homme qui lui a payé à boire et dont elle ne s’est même pas donné la peine de demander le nom. Cet homme la raccompagne chez elle. L’homme s’installe au salon. La femme a beaucoup bu, comme à l’habitude, et sa vessie trop pleine exige une vidange. Elle revient des toilettes et trouve l’homme assis sur le divan. IL EST NU. ELLE LE TUE.

Cette femme raconte son histoire dans un « partage » AA. Aujourd’hui, elle est sobre. Elle a payé sa dette à la société (quelques années en prison). Elle est libérée de la RAGE qui a fait d’elle une meurtrière. Et ce, grâce à la thérapie en douze étapes. J’ai pu constater de visu (pour avoir accompagné mon mari de nombreuses fois dans des « meetings » AA) que cette forme de thérapie fait régulièrement des MIRACLES. Elle est souvent décriée par des professionnels de la santé qui ne la comprennent pas parce qu’ils n’ont jamais mis les pieds dans une salle des Alcooliques Anonymes, ou alors pas assez souvent pour en saisir l’essence. Je les soupçonne, ces professionnels proprets, de jalousie pure et simple. Il faut dire que leur taux de réussite en matière de thérapie est extrêmement bas. Ce taux de réussite (ou plutôt d’échec!) ne serait toléré dans aucune autre sphère du monde du travail…

Ma famille habite dans la maison de ma grand-mère paternelle. Cette dernière a transformé le premier étage de sa maison en appartement pour son fils et sa bru. Nous avons vécu là une quinzaine d’années. Les relations entre ma mère et ma grand-mère sont assez bonnes, au début. Puis, elles s’enveniment. J’observe les deux femmes se lancer des mots amers, méchants, violents.

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Photo: Vera K.

Ma grand-mère entretient également une « chicane », qui se transforme en procès (!), avec sa voisine pour une question de clôture. Cette voisine est la mère de mon meilleur ami. Très jeune, je me retrouve dans une vilaine position: coincée entre ma mère et ma grand-mère, d’une part, et entre ma grand-mère et mon ami Jacot avec lequel je partage tous mes jeux, d’autre part.

Les femmes autour de moi expriment beaucoup de colère. C’est terrifiant, pour une petite fille, mais, en plus, cette violence me semble « injuste ». Je ne comprends pas les raisons profondes de la colère de ma mère ni celle de ma grand-mère. Ce que je vois clairement, par ailleurs, c’est que leur colère est déviée. Avec mon instinct d’enfant, je sens que la cible n’est pas la bonne et je suis submergée par un fort sentiment d’injustice. Aussi, inconsciemment, je décide de ne jamais manifester de colère.

Ma grand-mère était en colère parce qu’elle avait eu un mari alcoolique que les voisins avaient surnommé « Bobo le Paresseux » (!) et parce que son fils, qui vivait juste au-dessus de sa tête, était soul, lui aussi, tous les soirs de l’année. Ma mère était en colère parce qu’elle avait un mari alcoolique qui la délaissait totalement. Or, jamais, ces deux femmes n’ont confronté l’objet de leur légitime colère. Ce sont des innocents qui ont payé la facture.

Voilà donc pourquoi je me suis mise à refouler systématiquement ma colère. Or, de la colère, j’en ai ressenti beaucoup à l’égard de ma mère, de mon père et de quelques autres personnes qui m’ont fait du mal. Mais je disposais d’un entrepôt dans lequel je stockais tout ce qui déclenchait des émotions de ce type. Je croyais que mon entrepôt possédait une capacité de stockage infinie. Et j’étais persuadée que sa porte était parfaitement verrouillée. Cependant, j’ignorais que les colères enfermées subissent une sorte de mutation et se transforment en RAGE.

bombeOn peut être une bombe à retardement et l’ignorer complètement, à l’exemple de la femme dont je parle plus haut. Aujourd’hui, je suis consciente d’être moi aussi une bombe qui risque d’exploser et de faire énormément de dégâts si je ne trouve pas le moyen de nettoyer les écuries d’Augias. J’ai eu l’occasion de m’en rendre compte à deux ou trois reprises où j’ai pété les plombs. C’est peu, me direz-vous, en soixante ans d’existence, mais il suffit d’une seule fois pour aboutir en prison et surtout briser la vie de personnes innocentes.

C’est précisément au volant de mon auto que cette RAGE me submerge pour la première fois. De la « glace noire » recouvre l’asphalte. Comme j’ai l’habitude de la conduite en hiver, je ne crains ni la neige ni la glace. Mais cette fois, la chaussée me rend nerveuse, je n’ai pas souvenir d’avoir conduit dans de telles conditions et je roule tant bien que mal.

Je suis arrêtée à la lumière. Elle passe au vert. Je m’avance lentement, une auto venant en sens inverse me coupe pour tourner dans la rue à ma droite. Je freine mais j’ignore si je pourrai m’arrêter avant de percuter la voiture parce que mon auto dérape sur la glace. Je sais que selon le code de la route j’ai la priorité... et tout à coup, la RAGE s’empare de moi. TOTALEMENT.

Je n’ai pas embouti la voiture qui m’a coupé la route… heureusement pour le conducteur (et pour moi!) parce que je me serais jetée sur lui comme un furie. Et, si la chose avait été faisable, je l’aurais envoyé ad patres… Cette RAGE ne m’a pas quittée pendant plusieurs semaines. Je racontais l’incident ou je le revivais toute seule et je ressentais continuellement cette colère meurtrière. Ma RAISON était complètement obnubilée. Les conséquences de mon geste, si je l’avais posé, m’indifféraient totalement. Les gens à qui je parlais me regardaient bizarrement, ce qui ne laissait pas de me surprendre tant je restais persuadée que ma réaction était NORMALE (!).

La RAGE m’a submergée à nouveau dans une situation complètement différente. Je vivais dans un monastère (!) transformé en logements. Le concierge de l’immeuble était détesté de tous. Un jour, je me suis ruée sur cet homme en l’abîmant de bêtises… pour une question de chat qui, selon cet emmerdeur, n’aurait pas dû traîner dans la cour ! Nous étions dehors, dans le jardin, il y avait du monde. Encore une fois, les gens me regardaient d’un drôle d’air, tandis que je m’étonnais qu’ils ne me supportent pas dans ma lutte contre l’ennemi commun. Toute surprise de lire dans leurs yeux une sorte de crainte mêlée d’horreur. Si j’avais pu me voir à ce moment-là, sans doute aurais-je éprouvé moi aussi l’impression d’être en présence d’une folle furieuse...

Pour la médecine chinoise, la colère est une émotion noble, à l’instar de toutes les autres émotions. Si les émotions sont vécues en pleine conscience, tout va bien. Sinon, elles subissent une mutation et il est alors plus difficile de les évacuer. Elles se transforment en rage, dépression, phobies et autres problèmes psychologiques pénibles. Ultimement, elles vont attaquer le corps physique si elles ne sont pas sérieusement prises en considération. Car chaque émotion correspond à un organe précis. Ma docteure chinoise peut certifier que mon foie (siège de la colère) est plein de « toxiiiiiines »…

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« Jésus chassant les vendeurs du Temple. »   Rembrandt

Ressentir de la colère contre une personne qui nous a fait du mal est une réaction normale, saine. Même le Christ a éprouvé une sainte colère contre les vendeurs du Temple! Si notre société est violente d’une manière effroyable c’est parce qu’elle ne sait pas comment exprimer normalement, sainement, à défaut de saintement, la colère. Elle redoute les émotions comme la peste et privilégie l’univers pseudo sécurisant de l’intellect. Cela laisse la porte grande ouverte à la violence à travers laquelle s’exprime la RAGE.

Les personnes souffrant de dysthymie ne semblent pas, au premier abord, des candidats à la colère… qui se transforme en rage… qui s’exprime en violence. Ce ne sont là qu’apparences. Pour ma part, durant la journée, je manifeste tous les symptômes ordinaires de la dépression: fatigue, tristesse, mauvaise estime de moi… Mais, durant la nuit, la colère explose dans des rêves d’une violence inouïe! Je hurle, j’insulte, je jure, j’attaque sauvagement tantôt mes parents, tantôt de parfaits inconnus. Le niveau de violence atteint des paroxysmes qui me laissent stupéfaite au réveil. Ces rêves renferment une énergie phénoménale. Je serais sans doute moins fatiguée si je disposais tout à coup de cette force quasi surhumaine!

Malheureusement, je suis du genre à me laisser marcher sur le corps… et à m’en excuser! Je suis persuadée que le fait d’être incapable d’exprimer sainement ma colère contribue à entretenir mon état dépressif chroniquethomas. C’est un cercle très vicieux: mon estime de moi est presque nulle alors je n’ose pas affronter qui que ce soit; je m’en veux alors je m’aime encore moins; je refoule alors je suis encore plus fatiguée... « Cessez d’être gentil, soyez vrai! »(Thomas D’Ansembourg) titre un livre bien connu. Quel soulagement ce serait! Mais, pour tourner le fer dans la plaie, les gens s’obstinent à me répéter régulièrement que j’ai l’air: « gentille, douce… et même sereine(!) » Ce qui a le don de me mettre encore plus en colère!

Personne ne m’a jamais dit, par ailleurs, que j’étais « vraie ». Et pour cause! En réalité, le volcan que j’abrite lance régulièrement des flammèches… quand il n’est pas carrément en éruption. Puisque je ne m’autorise pas une saine expression de ma colère (interdits familiaux et sociaux), je me permets des agressions indirectes. J’adopte un « comportement passif-agressif ». Bien maigre satisfaction! Comme cette attitude est une forme d’hypocrisie (que j’abhorre), j’essaie de l’éviter le plus possible. Elle n’apporte aucune véritable libération.

Mais il existe des gens capables d’être vrais, bien qu’ils soient peu nombreux à ma connaissance. J’ai assisté à une scène très instructive, il y a quelques années. Une femme monte péniblement dans l’autobus. Elle marche en s’appuyant sur des béquilles. Elle n’a pas sitôt remis son billet au chauffeur que ce dernier démarre sur les chapeaux de roues. La pauvre femme se retrouve en déséquilibre complet et menace de tomber au milieu de l’allée.

Heureusement, une personne assise tout près lui porte secours. J’observe la scène de l’arrière de l’autobus. Quelques rues plus loin, la femme active la sonnette, se lève et se dirige vers la sortie, mais, avant de descendre, je la vois qui s’adresse au chauffeur. Je devine qu’elle exprime clairement et calmement son mécontentement face à cet homme qui lui a manqué d’égard. Je remarque que le chauffeur ne réplique pas (j’espère qu’il s’est excusé, mais j’en doute!). Et cette femme sort lentement de l’autobus avec toute sa dignité.

J’envie cette femme. Elle n’a pas traîné avec elle l’incident qui s’est déroulé dans l’autobus. Elle était LIBRE, à la différence des femmes que j’ai connues dans mon enfance. Je demeure persuadée qu’une personne qui possède une excellente estime de soi ne peut pas sombrer dans un état dépressif profond ou chronique. Et encore moins dans la RAGE qui est la manifestation ultime de la haine de soi.

Vous qui lisez cet article, avez-vous déjà été submergé par la RAGE et quelles en furent les conséquences?

Êtes-vous capable d’évacuer votre colère sainement?

Quels moyens utilisez-vous pour vous libérer de la colère?

N’hésitez pas à m’écrire!

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« Agir dans la colère, c’est s’embarquer dans la tempête. » Proverbe allemand Photo: Vera K.

 

Fatiguée…

Cela se passe il y a une trentaine d’années. Je suis dans la cuisine. La radio joue. Le poste de radio est placé sur le dessus du réfrigérateur. Renaud commence à chanter:

Jamais une statue ne sera assez grande
Pour dépasser la cime du moindre peuplier
Et les arbres ont le cœur infiniment plus tendre
Que celui des hommes qui les ont plantés
Pour toucher la sagesse qui ne viendra jamais
Je changerai la sève du premier olivier
Contre mon sang impur d’être civilisé
Responsable anonyme de tout le sang versé

Fatigué, fatigué
Fatigué du mensonge et de la vérité
Que je croyais si belle, que je voulais aimer
Et qui est si cruelle que je m’y suis brûlé
Fatigué, fatigué

Fatigué d’habiter sur la planète Terre
Sur ce brin de poussière, sur ce caillou minable
Sur cette fausse étoile perdue dans l’univers
Berceau de la bêtise et royaume du mal
Où la plus évoluée parmi les créatures
A inventé la haine, le racisme et la guerre
Et le pouvoir maudit qui corrompt les plus purs
Et amène le sage à cracher sur son frère

Fatigué, fatigué
Fatigué de parler, fatigué de me taire
Quand on blesse un enfant, quand on viole sa mère
Quand la moitié du monde en assassine un tiers
Fatigué, fatigué

Fatigué de ces hommes qui ont tué les indiens
Massacré les baleines, et bâillonné la vie
Exterminé les loups, mis des colliers aux chiens
Qui ont même réussi à pourrir la pluie
La liste est bien trop longue de tout ce qui m’écœure
Depuis l’horreur banale du moindre fait divers
Il n’y a plus assez de place dans mon cœur
Pour loger la révolte, le dégoût, la colère

Fatigué, fatigué
Fatigué d’espérer et fatigué de croire
A ces idées brandies comme des étendards
Et pour lesquelles tant d’hommes ont connu l’abattoir
Fatigué, fatigué

Je voudrais être un arbre, boire à l’eau des orages
Pour nourrir la terre, être ami des oiseaux
Et puis avoir la tête si haut dans les nuages
Pour qu’aucun homme ne puisse y planter un drapeau
Je voudrais être un arbre et plonger mes racines
Au cœur de cette terre que j’aime tellement
Et que ces putains d’hommes chaque jour assassinent
Je voudrais le silence enfin et puis le vent

Fatigué, fatigué
Fatigué de haïr et fatigué d’aimer
Surtout ne plus rien dire, ne plus jamais crier
Fatigué des discours, des paroles sacrées

Fatigué, fatigué
Fatigué de sourire, fatigué de pleurer
Fatigué de chercher quelques traces d’amour
Dans l’océan de boue où sombre la pensée

Fatigué, fatigué

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Photo: Vera K.

Je m’agrippe des deux mains à mon frigo, et je pleure. Renaud a ouvert la boîte de Pandore. Un désespoir incommensurable s’en est échappé. Chaque mot, chaque virgule de la chanson m’arrachent des larmes. Je suis abattue, prostrée, submergée par un raz-de-marée aussi surprenant qu’inattendu. Je ne comprends pas ce qui se passe. Ni les baleines, ni les Indiens, ni les loups, ni le racisme, ni la guerre… ne sont la cause de ce séisme émotif. Pourquoi, alors, cette épithète répétée ad nauseam – FATIGUÉ FATIGUÉ FATIGUÉ FATIGUÉ FATIGUÉ – fait-elle remonter dans ma gorge une envie de mourir? Je l’ignore en ce moment. Je n’aurai la réponse qu’un vingtaine d’années plus tard. Lorsqu’un médecin spécialisé en santé mentale m’annoncera que je souffre de dysthymie. Et que la dysthymie, comme toutes les formes de dépression, s’accompagne de fatigue. Continuer à lire … « Fatiguée… »

Bonjour tristesse

C’est la veille de Noël. Ma mère a acheté un sapin naturel qui embaume le salon. Elle le décore avec grand soin.

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Photo: Vera K.

Elle installe des lumières de toutes les couleurs sur l’arbre; accroche des boules aux formes variées, d’une matière fine et fragile comme l’âme des enfants; place, un à la fois, des glaçons, avec beaucoup de patience et parsème aussi les branches de cheveux d’ange. Au pied de l’arbre, la crèche entourée de bergers et de moutons. Les Rois Mages viendront plus tard…

Ma mère cuisine depuis plusieurs jours. Des tartes, des beignes, des sandwichs roulés faits de pain coloré (rose, vert, jaune!), de tourtières. J’oubliais la dinde! Elle aussi, la pauvre(!) a été cuisinée avec amour. Enfin, le dessert royal, la bûche, aussi belle qu’alléchante. Cette opulence gastronomique est étalée sur notre modeste table revêtue pour la circonstance d’une nappe blanche, brodée et parée de vaisselle au motif doré, de diverses pièces d’argenterie, de verres en cristal…

Ce cérémonial m’enchante. Notre minuscule appartement, si peu attrayant, si peu accueillant, est soudain transfiguré. Tout est parfait pour le Réveillon. Ou presque. Peu après le souper, ma mère nous envoie nous coucher, mon frère et moi. Je suis persuadée que je n’arriverai jamais à dormir, mais je m’endors finalement. Et vers minuit, elle vient nous réveiller. C’est l’heure d’ouvrir les cadeaux qu’elle nous a achetés et emballés avec abondance de papiers, de rubans et de choux colorés.

Continuer à lire … « Bonjour tristesse »

Le supplice de la goutte d’eau

La dysthymie, c’est de la m… parce que c’est une maladie mentale et que toutes les maladies mentales sont de la m…

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Photo: Vera K.

Ça n’a l’air de rien, au premier regard, mais c’est sournois, retors, machiavélique. C’est une maladie d’un raffinement exquis. Exactement comme le supplice chinois qui consiste à laisser tomber une goutte d’eau à la fois sur la tête d’un condamné. À la longue… c’est la folie,puis la mort.

On peut mourir de dysthymie, comme on peut mourir d’un cancer. Parce que la dysthymie est une forme de dépression légère mais chronique. Et que la dépression engendre, parfois, un désespoir aigu, insupportable qui conduit l’être humain à son anéantissement.

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Photo: Vera K.

J’y ai pensé… à l’occasion. Cette idée m’habite  plus ou moins consciemment. Elle représente une option envisageable si jamais la vie redevenait trop dure à supporter pour mes capacités.

Tout le problème réside, en effet, dans ces capacités diminuées. Autrement dit, les symptômes. Il y en a plusieurs. Ils sont identiques à ceux de la dépression majeure, mais ils sont atténués. Atténués, mais chroniques… on ne fait qu’étirer la sauce!

Les voici dans l’ordre ou le désordre: Continuer à lire … « Le supplice de la goutte d’eau »