Dodo, l’enfant do…

… l’enfant dormira bien vite. Dodo, l’enfant do, l’enfant dormira bientôt.

L’enfant dormait d’un sommeil presque paisible. Si l’on excepte ce rêve, véritable cauchemar, qu’elle eut une nuit et dont l’adulte se souvient encore: Je suis sur la galerie de l’appartement de mes parents. Mon père a installé une planchette suspendue entre deux cordes qui me sert de balançoire, au plafond de la galerie. Une vieille femme est assise sur ma balançoire. Tout en se balançant, elle apparaît puis disparaît tour à tour. Cette vieille femme est une SORCIÈRE, je le sais et cela me remplit de terreur.

Je me suis longtemps demandée ce que signifiait ce rêve. J’ai finalement compris que la femme sur la balançoire, c’était ma mère. Elle griffait mon âme et souvent même la déchirait; ou bien elle disparaissait dans sa cuisine me laissant seule face aux aléas de la vie. Je n’ai pas souvenir d’avoir été bercée par cette femme. Je n’ai pas souvenir non plus qu’elle m’ait lu un histoire avant de m’endormir.

Malgré tout, jusqu’à la mi trentaine, j’arrivais à dormir à peu près convenablement. J’habitais, avec ma fille, un appartement dans une tour faisant partie d’un complexe de HLM. Une horrible tour en béton au milieu d’un abominable ghetto où la promiscuité m’affectait terriblement.

J’ai commencé alors à éprouver de la difficulté à m’endormir. Pour y remédier, j’ai acheté une toute petite bouteille de Brandy. J’ignore d’où m’est venue cette curieuse idée! Comme je ne supporte pas l’alcool, je prenais une seule cuillère de Brandy, ce qui était suffisant pour que je m’assoupisse.brandy

Je croyais avoir trouvé la panacée. Mais, au bout d’un court laps de temps, il a fallu deux puis trois cuillères de Brandy pour arriver au même résultat. J’ai donc acheté des plus grosses bouteilles de mon élixir de dodo. Je les cachais, je ne voulais pas que ma fille croit que je sombrais dans l’alcoolisme. Heureusement, je n’ai pas hérité de ce gène paternel.

Pourquoi ne suis-je pas allée consulter un médecin pour lui faire part de mes problèmes de sommeil? Je me pose encore la question aujourd’hui. Je crois que je vivais dans un état d’hébétude tel que cette idée ne m’a jamais traversé l’esprit! L’hébétude est un état morbide marqué par une obnubilation des fonctions intellectuelles, explique le Petit Robert. Cette hébétude peut être causée par une émotion violente, entre autres. Or, la vilaine tour s’avérait un concentré d’émotions violentes…

Un jour, une femme emménage dans l’appartement situé en face du mien. Son père… dans l’appartement à la gauche du mien. La femme vit la nuit et est en guerre avec son père. Leurs affrontements sont particulièrement violents et bruyants. Quelques semaines plus tard, un homme vient habiter avec elle. Mal lui en prend! Elle le bat (il est tout petit, elle est très grosse), le laisse poireauter à la porte de l’appartement qu’elle garde barrée de l’intérieur, et, finalement, lui plante un couteau dans une cuisse…

Je fus le témoin auditif, pendant une interminable année, de l’histoire d’amour démente entre cette femme, son père et son amant, année au bout de laquelle la Direction signifia à ma voisine d’aller semer le trouble ailleurs. Année, également, durant laquelle je pris l’habitude de fermer la porte de ma chambre et de m’acheter des bouchons pour ne plus entendre les délires nocturnes de cette pauvre folle. Trente ans plus tard, il me faut encore mes bouchons pour me protéger du bruit ambiant, même si j’habite une jolie maison dans un joli quartier tranquille et que le seul bruit que j’entends la nuit ce sont les doux ronflements de mon charmant mari!

Aller vivre dans cette tour fut sans aucun doute la pire décision de ma vie, et, malheureusement, ma fille dut en subir elle aussi les conséquences pendant treize ans (quel chiffre malchanceux!), ce qui m’attriste infiniment. On ne peut imaginer pire endroit pour élever un enfant. Ma fille avait une amie qui habitait au  neuvième étage (nous étions au quatrième). Un matin, très tôt, la mère de cette amie s’est lancée du haut de son balcon…

effroiChaque jour apportait son lot d’aberrations, de comportements dictés par la misère et la bêtise humaine qui avaient pour effet de me mettre dans un état d’alerte constant. Je dormais mal et les rêves étaient à l’avenant:Je suis seule à la porte d’entrée de l’immeuble. La porte est vitrée. À l’extérieur, un homme d’âge moyen m’observe. Il est vêtu d’une manière parfaitement banale. Rien n’attire l’attention sur cet homme… sauf son regard. Il est VIDE. Aucune expression humaine de quelque nature ne se dégage de ce regard qui devient par le fait même terrifiant. Je sais que cet homme est le DIABLE. JE SUIS SAISIE D’EFFROI. Je sais aussi que peu importe l’endroit où je pourrais me cacher dans cette tour qui compte quatorze étages et près d’une centaine de logements, « IL » me trouverait. Je ne peux, en aucune façon, lui échapper. Sauf, en restant là, plantée devant lui, à le regarder droit dans les yeux…

Au bout de ces treize années d’épouvante, un homme est entré dans ma vie et je l’ai suivi en laissant le ghetto loin derrière. Cet homme était un alcoolique, sobre au moment où je l’ai rencontré (!), qui avait fait quelques cures de désintoxication et qui disposait donc d’une prescription de Librium. Comme le Brandy ne m’aidait plus à dormir, j’ai pigé dans son pot de tranquillisants. Cela s’appelle tomber de Charybde en Scylla…

À tous points de vue d’ailleurs, parce qu’il s’est avéré rapidement que vivre avec le nouvel amoureux était encore pire que vivre dans la tour diabolique!!! Je croyais avoir connu l’enfer, je n’avais connu que son antichambre. Avec cet homme qui s’est remis à boire et à faire des aller-retour en désintoxication, les flammes de l’enfer m’ont brûlée vive. J’ai cru réellement que je ne m’en sortirais pas vivante.

C’était la deuxième pire décision de ma vie. Elle impliquait moins ma fille qui était adulte et qui vivait dans une autre ville. HEUREUSEMENT! Puis, avec l’aide de puissances supérieures, de quelques amis et de ma fille, j’ai quitté cet appartement devenu une réplique parfaite de la géhenne. Mes amis m’ont alors suggéré de consulter un médecin et c’est ainsi que j’ai échoué dans le bureau d’un médecin spécialisé en santé mentale.

C’est ce médecin qui m’a appris que je souffrais de dysthymie. Il m’a proposé de prendre des antidépresseurs, ce que j’ai accepté, et il m’a prescrit un médicament pour dormir (un tranquillisant). Encore une fois, j’ai cru que j’avais trouvé la panacée et que j’allais enfin dormir comme un bébé. J’ai déchanté rapidement. D’abord, il a fallu tester les dits tranquillisants. Il en existe de nombreux et, au cours des années qui ont suivi, je les ai à peu près tous essayés. Celui que je prends actuellement n’est pas le meilleur pour moi, c’est le moins pire…

piluleEnsuite, je me suis rendue compte (et cela est démontré scientifiquement) que le sommeil induit par un médicament est d’une qualité inférieure au sommeil qui vient naturellement. Les phases de sommeil profond, qui sont celles qui permettent à l’organisme de refaire ses forces, sont écourtées au profit des phases de sommeil paradoxal, qui sont celles des rêves. Et pour finir, je note que les rêves eux-mêmes sont modifiés, altérés par les médicaments. Ils deviennent déroutants, envahissants, bizarroïdes… loin d’être reposants!

Bref, au fil des ans, j’ai essayé diverses méthodes pour me libérer de l’emprise des tranquillisants et pour obtenir, par le fait même, un sommeil de meilleure qualité. Pour mon anniversaire, il y a quelques années, ma fille m’a offert un livre fort intéressant sur le sommeil. C’est un geste qui m’a beaucoup touchée. Ma grande essaie de m’aider de son mieux et quand elle voit un livre, un article sur internet, ou qu’une amie lui parle d’une forme de thérapie qui l’a aidée, elle s’empresse de me communiquer l’information. À chaque fois, je prends bien note de sa suggestion.

Me voilà donc dans le bureau d’un acupuncteur. L’objectif est clair: dormir par mes propres moyens. La nuit suivant mon premier traitement, je dors comme jamais je n’ai dormi depuis que je suis au monde… Je découvre avec émerveillement ce que signifie une bonne nuit de sommeil. C’est fabuleux!!! Je me crois sauvée, encore une fois… Cependant, cette divine nuit de sommeil s’avéra la seule à laquelle j’eus droit. En dépit du fait que j’ai suivi le traitement d’acupuncture pendant près de six mois, à raison d’une séance par semaine, le sommeil naturel tant désiré n’a jamais repointé le bout de son nez.

D-É-C-E-P-T-I-O-N………….

J’ai appris, un peu tard, que l’acupuncture n’est pas efficace dans un cas de dépression (donc de dysthymie, également). Cependant, je ne considère pas avoir perdu ni mon temps ni mon argent. En effet, tous les traitements que j’ai suivis, dans diverses formes de thérapies douces, m’ont permis d’améliorer mon état de santé général. Résultat: depuis plusieurs années, je n’ai pas attrapé le plus petit rhume!

C-O-N-S-O-L-A-T-I-O-N………….

Les problèmes de sommeil liés à la dysthymie ne se règlent pas facilement parce qu’ils relèvent d’un dysfonctionnement de la sérotonine dans le cerveau. Ce n’est certes pas en évitant de prendre du café après quatre heures de l’après-midi, en se relevant si au bout de quinze minutes on ne dort toujours pas, en ne réservant le lit que pour le sommeil et les ébats amoureux… que l’on pourra s’exclamer: je dors comme un loir! Il faut seulement espérer que, d’une manière ou d’une autre, la précieuse SÉROTONINE sera rétablie dans ses fonctions normales! C’est la grâce que je nous souhaite… ardemment.

dodo
Berthe Morisot

Vous qui lisez cet article, de quelle nature sont vos troubles du sommeil:

  • est-ce que vous souffrez d’insomnie?
  • ou plutôt d’hypersomnie?
  • prenez-vous des médicaments pour dormir?
  • faites-vous des cauchemars ou des rêves bizarres?

N’hésitez pas à m’écrire!

                                                                                                                                                            

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s