Vivre avec un(e) dysthymique

Bon matin   ma belle   ma douce femme 

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Ourson: moi   Girafe: mon mari       Photo Vera K.

J’espère, je prie pour que cette « /$%?&*(&*() fatigue te lâche un peu. J’aimerais tellement pouvoir t’aider. Je n’ai que ma compassion et mes bras à t’offrir… T’aime  T’aime tellement   Ton homme à toi   P. XXXXXXXX

Bon matin   ma belle amour… TU NE M’INFLIGES RIEN DU TOUT… ça c’est à l’intérieur de toi. Moi, je suis juste triste de ta tristesse… je me sens impuissant c’est ce qui est plus difficile pour moi, mais ça, ça m’appartient. En tout cas je prie… de ce temps-là je lui crie « Coudonc tu m’entends-tu? » Tu comptes tellement pour moi… Tu ES tellement pour moi. T’aime   À tantôt   Ton homme   P. XXXXXXXX  (petits mots que me laisse mon mari sur la table, le matin, avant de partir travailler)

Quand on est aimée à ce point-là, comment ose-t-on se lamenter? Je me le demande continuellement. J’ai la chance inouïe d’être mariée avec un homme qui se ferait hacher menu pour moi! Qui, après dix ans de vie commune, me trouve encore belle, fine, intelligente… Et qui prie de tout son coeur pour que je me porte le mieux possible!!! Dans ce cas, pourquoi suis-je encore dysthymique???

Parce que l’Amour – même avec une grand A – n’engendre pas de guérison miraculeuse. L’Amour n’est pas une panacée. Aussi bête et aussi triste que cela puisse paraître! La Vie est INJUSTE… de toutes les façons. Et la maladie est bel et bien là, impossible de la nier. Alors, comment composer avec elle?

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Collage: Vera K.

Voici donc un petit mode d’emploi à l’usage de la personne qui vit avec un(e) dysthymique. Il pourrait s’avérer utile! En ce qui me concerne, le diagnostic est clair. Mon mari n’a pas à se demander pourquoi je suis triste, fatiguée, je ne veux voir personne… Il connaît la cause de ces émotions. Si je ne lui avais pas expliqué ce qu’est la dysthymie, il pourrait prendre mes dysfonctions de l’humeur pour des traits de caractère et la situation s’en trouverait aggravée.

Premier point: connaître la maladie. Lisez abondamment sur cette forme de dépression. Vous serez en mesure, par la suite, de poser des questions à des médecins, psychologues, psychiatres ou toutes autres personnes spécialisées en santé mentale sur des points que vous ne comprenez pas très bien. Il se peut que votre première question soit: « Est-ce que la dysthymie se guérit? ». Parce que vous aurez lu dans certains articles que cette maladie se guérit, alors que d’autres affirment le contraire. Malheureusement, les spécialistes que vous rencontrerez seront eux aussi divisés quant à la réponse.

Assez déprimant, je l’avoue… sans jeu de mot! J’étais suivie par un psychiatre qui suggérait que le pronostic concernant la dysthymie n’était pas favorable… Guère encourageant. Quant au médecin spécialisé en santé mentale qui avait formulé le diagnostic de dysthymie, il disait clairement que cette maladie ne se guérit pas, mais qu’on apprend à vivre avec… Plutôt décourageant.

Bémol indispensable: 75% des gens qui souffrent de dysthymie souffrent également d’une autre pathologie (alcoolisme, phobies, anxiété généralisé…). Je fais partie du 25% de dysthymiques purs. Il est peut-être impossible de guérir de la dysthymie si on doit composer avec un ou deux autres troubles de l’humeur. Mais, si le problème c’est la dysthymie et rien d’autre (c’est bien assez quand même!), personnellement je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas connaître le bonheur de voir le mot GUÉRI(E) inscrit dans son dossier médical !!!

Aussi, je pars du principe que cette damnée maladie est guérissable. Même si j’ignore comment… pour l’instant.boris Boris Cyrulnik, qui est un éminent neuropsychiatre, raconte: Je fais partie de la génération des médecins (B. Cyrulnik est né en 1937) à qui on disait que les enfants ne souffraient pas. Nos maîtres nous apprenaient que les voies nerveuses qui transmettaient la douleur n’étaient pas terminées, et, que, donc, un enfant ne souffrait pas. Alors, on pouvait l’opérer sans anesthésie… Ce qui est terrible et faux. C’est faux parce qu’on peut très bien conduire les voies nerveuses ou on peut très bien parler alors que notre lobe temporal gauche n’est pas terminé. Donc, c’était une faute biologique, et, en plus, c’était terrible pour les enfants qui ont été traumatisés par des interventions sans anesthésie… c’est un crime, quoi. On a commis ça au nom d’une théorie absurde. (Stéphan Bureau rencontre Boris Curulnik, p.155, 156)

Serait-ce également une faute biologique et même un crime d’affirmer que la dysthymie ne se guérit pas???

Deuxième point: il existe des groupes d’entraide pour les personnes dont le/la conjoint(e) souffre d’une maladie mentale. J’en ai parlé à mon mari. Il m’a répondu que ça ne l’intéressait pas d’entendre des gens se plaindre (!). Cependant, si vous vous avez besoin d’exprimer vos émotions, d’échanger avec des personnes qui vivent une situation apparentée, ces groupes peuvent apporter une aide précieuse. Vous aussi, vous vivez des émotions plus ou moins pénibles, ne les sous-estimez pas. Pas besoin d’une deuxième personne malade!

Troisième point, et non le moindre: comment négocier avec les symptômes? Ils sont nombreux, le dépliant de la pharmacie en compte quatorze. Votre conjoint(e) ne les présente pas tous (du moins je le souhaite!), mais je vais les passer en revue les uns après les autres. J’aime le travail bien fait!

1. Sentiment d’inutilité, d’impuissance et de désespoir. Ça commence raide! Oui, mais la première chose à se dire c’est qu’on a affaire à la dysthymie qui est une forme de dépression légère, et non à une dépression majeure. Donc les symptômes sont atténués. Aussi, le sentiment d’inutilité, d’impuissance et de désespoir se présente sous une forme modérée.

Ce que je vous conseille ici est d’une importance primordiale et pourrait s’avérer la meilleure façon d’adoucir le quotidien que vous partagez avec une personne souffrant de dysthymie: ne luttez pas contre les symptômes, accueillez-les. Ouvrez grand vos bras, votre coeur, mais juste un peu votre tête! Vous ne pouvez imaginer le pouvoir de l’écoute chaleureuse. Dans notre société intellectualisée à outrance, cette qualité fait cruellement défaut. Écouter semble facile, pourtant cela constitue un véritable défi pour la plupart d’entre nous. Lorsque vous écoutez réellement votre conjoint(e) exprimer son inutilité, son désespoir… vous prenez une partie de ces émotions sur vous. Si vous arrivez à ne pas être trop affecté(e), ce qui n’est pas si simple non plus, votre conjoint(e) se sentira allégé(e) comme par magie!

2. Insomnie ou sommeil excessif. Personnellement, je prends un médicament pour dormir prescrit par mon docteur parce que je souffre d’insomnie (et je ne me creuse pas la tête avec ça). Dans le cas de sommeil excessif… laissez la personne dormir sans la culpabiliser, ce sont des heures volées à la dysthymie!

3. Appétit moins grand que d’habitude, mais parfois beaucoup plus.gateau Si la personne malade n’a plus le goût de manger, il vous faudra faire preuve d’imagination pour stimuler son appétit. Une nutritionniste pourrait vous conseiller. Dans le cas contraire, suggérez à la personne qui mange trop de faire de l’exercice avec vous pour brûler les calories superflues. Excellent aussi pour la production de sérotonine!

4. Difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions. En ce qui concerne les petites décisions, je demande souvent à mon mari… de les prendre à ma place! Quant aux grandes, j’attends d’être dans une bonne journée pour décider. Idem pour la concentration, suivre ses fluctuations… sans s’énerver.

5. Manque d’intérêt à participer à des activités. Votre aide peut être très appréciable dans cette situation. La personne qui souffre de dysthymie a besoin de bouger, mais une force d’inertie s’y oppose. Ici, je vous suggère de lutter contre ce symptôme! Insistez (gentiment mais fermement) pour aller au cinéma, au restaurant, au centre commercial… sinon votre conjoint(e) restera assis(e) à lire ou à écouter la télé sans remuer le petit doigt.

6. Diminution des pulsions sexuelles. Je connais un couple qui a consulté un sexologue pour ce symptôme. La consultation s’est avérée bénéfique.

7. Évitement des autres. Le « sôcial » n’est pas la tasse de thé de la personne dysthymique. Pour toutes sortes de raisons évidentes. Mais, encore une fois, poussez un peu pour que votre conjoint(e) voie du monde, pas trop à la fois, et ça ne lui fera que du bien.

8. Crises de larmes sans raison apparente. Accueillez, accueillez, accueillez. Ouvrez grand vos bras et votre coeur. Fournissez les kleenex… L’orage va finir par passer. Et rappelez-vous qu’après la pluie, le beau temps! En ce qui me concerne, les crises de larmes sont souvent causées par un excès de fatigue, aussi, je ne suis pas persuadée que dans le cas de la dysthymie, du moins, elles soient sans raison apparente.

9. Sentiments écrasants de tristesse ou de chagrin. Corollaire du précédent! Ne vous laissez pas accabler par cette tristesse. Quand l’orage est passé, cultivez l’humour. Personnellement, je lis des auteurs qui me font rire (voir Rira bien qui rira le dernier). J’apprécie aussi les films comiques, les spectacles d’humoristes. Créez une banque d’histoires drôles que vous raconterez à votre conjoint(e). Mon mari a toujours une histoire ou une blague en réserve, ce qui allège beaucoup l’atmosphère. Nous rions souvent, croyez-le ou non !

10. Sentiment déraisonnable de culpabilité. S’agirait-il de la vieille culpabilité judéo-chrétienne? Peut-être. Cette nuit, j’ai rêvé que je n’avais pas donné de nouvelles, depuis un bon moment, à mes parents, chez qui j’habite… et je me sentais terriblement coupable (en réalité, ils sont morts depuis dix ans). Je fais régulièrement ce genre de rêve. Est-ce que l’état dépressif ferait ressurgir de vieux conflits avec les parents? Ou est-ce que les vieux conflits avec les parents créent cet état dépressif? La poule ou l’oeuf! Comme vous n’êtes pas psychologue, faites de votre mieux pour tempérer, sans plus.

11. Perte d’énergie, impression d’épuisement. Oubliez les vitamines et autres produits naturels supposés redonner de l’énergie. Ça ne fonctionne pas dans ce cas-ci. Si vous êtes un adepte de l’exercice physique, entraînez doucement votre conjoint(e) à en faire avec vous. Le yoga, le Qi Gong… peuvent aussi aider à retrouver un peu de tonus. Laissez la personne faire des siestes ou dormir douze heures par jour, selon ses besoins. Vous allez probablement constater quelques poussées d’énergie quand le/la dysthymique ressent de l’intérêt pour une activité, et des baisses quand il/elle s’ennuie…

12. Maux de tête et troubles digestifs fréquents. Je suggère l’acupuncture ou d’autres formes de médecine orientale. Pour moi, ça fonctionne bien.

acupuncture

13. Faible estime de soi, dévalorisation de tout ce que l’on fait. Quand mon mari était enfant, il voulait aider son père dans des travaux de menuiserie. Il se plaignait d’être petit et de ne pas pouvoir faire beaucoup de choses. Son père lui répondait: « Le clou que tu as planté, je n’ai pas besoin de le planter… » Aujourd’hui, mon mari valorise tout ce que je fais en utilisant un peu la même formule. Et quelquefois ça marche!

14.img_3839 Pensées relatives à la mort, à des choses morbides ou suicidaires. J’espère que vous ne faites pas partie des gens qui ont la phobie de la mort, à l’instar de notre société occidentale! Parce que, lorsqu’on souffre de dysthymie, on aime bien penser à la mort et en parler. La mort est une « amie », ce qui ne veut absolument pas dire qu’on ait des pensées suicidaires pour autant. Comme mon mari ne craint pas la mort, je peux m’exprimer librement sur le sujet et je lui en suis reconnaissante. Ça me fait du bien de penser que toute cette m… va se terminer un jour. Par ailleurs, si vous remarquez que votre conjoint(e) insiste un peu trop sur le sujet, soyez vigilant. À la dysthymie peut s’ajouter une dépression majeure (« double dépression ») et entraîner des pensées suicidaires qui nécessitent une aide professionnelle rapidement.

À cette déjà longue liste de symptômes, j’en ajouterai un autre (que le dépliant de la pharmacie ne mentionne pas) parce qu’il a son importance et surtout parce que je présente ce symptôme. Négligence de l’apparence et de l’hygiène. Lorsque ma mère est morte, j’ai mis tous ses vêtements dans un seul sac vert que j’ai jeté à la poubelle. Ma mère ne possédait que des guenilles parce qu’elle souffrait de dépression et non parce qu’elle manquait d’argent. Quant à moi, je vais être franche, j’ai une tendance marquée à me laisser aller, à négliger mon apparence et mon hygiène. Ma garde-robe est réduite au strict minimum et je ne fréquente pas ma baignoire très régulièrement! J’apprécierais que mon mari m’amène au magasin, à l’occasion… J’apprécierais aussi qu’il me fasse couler un bain (avec mousse), à l’occasion… Ceci est un message subliminal.

Suggestions de lecture: »VIVRE AVEC LA DÉPRESSION »chien-noir – Comment vivre avec un dépressif: conseils pour un quotidien harmonieux. (Titre original: LIVING WITH A BLACK DOG – How to take care of someone with depression while looking after yourself). Adorable petit livre de Matthew et Ainsley Johnstone. Facile à lire, il est imagé avec beaucoup d’humour et rempli d’informations pertinentes. Bien qu’il traite de dépression majeure, ce livre peut s’avérer utile à toute personne aux prises avec la dysthymie. À lire absolument, ne fut-ce que pour s’accorder le plaisir de se moquer de cette maladie qui annihile le plaisir!

Autre livre que j’ai beaucoup apprécié: « LA DÉPRESSION CONTAGIEUSE » de Ronald M. Podell. Livre écrit par un psychiatre, ce qui n’est pas le cas du premier. Plus volumineux, ne mettant pas particulièrement l’accent sur l’humour, et traitant le sujet plus en profondeur (ici également il est question de dépression majeure) mais fort intéressant grâce à son approche simple, humaine et compatissante de l’auteur. « Les recherches ont démontré, affirme Le Dr Podell, que la présence d’un conjoint chaleureux, attentionné et réconfortant est la plus importante prévention psychologique contre la dépression. Alors, ne mésestimez jamais la valeur d’une bonne relation avec la personne dépressive. »

Finalement, qu’en est-il de la prière?

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Photo: Vera K.

Lorsque je file un très mauvais coton, mon mari prie pour moi. Alors le gros chien noir rapetisse à vue d’oeil (c’est Winston Churchill qui a vulgarisé cette expression « Black dog » pour désigner la dépression dont il a souffert pendant la plus grande partie de sa vie). Ses prières ont un effet d’apaisement immédiat. À chaque fois, je suis saisie d’émerveillement et de reconnaissance. En réalité, mon mari prie pour moi d’une manière continue, mais il crie plus fort à l’occasion! Sans ses prières débordantes d’amour, ma vie serait intenable. MERCI, mon homme…

Vous qui lisez ces lignes, quelle est l’émotion qui prévaut face à votre conjoint(e) souffrant de dysthymie?

Avez-vous mis au point une « stratégie » avec votre partenaire pour affronter la maladie?

Avez-vous une vie bien à vous en dehors de la maladie (loisirs, sports, amis…)?

N’hésitez pas à m’écrire!

 

5 réflexions sur « Vivre avec un(e) dysthymique »

    1. Bonjour. Je ne peux guère vous aider dans votre recherche puisque j’habite au Canada et que vous habitez en Europe, d’après les statistiques du site pour aujourd’hui. Cependant, je vous encourage de tout coeur à poursuivre vos recherches jusqu’à ce que vous ayez trouvé l’aide dont vous avez besoin. Je sais que cela demande du courage, de la persévérance et que cette maladie chronique gruge vos réserves d’énergie à tous les niveaux… Mais, le message que vous m’avez envoyé est déjà une bouteille lancée à la mer. Lancez-en des caisses, quelqu’un finira bien par vous répondre! Si vous souhaitez m’écrire, vous pouvez le faire en utilisant l’adresse courriel suivante: verak2016@outlook.fr

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  1. Bonjour,
    Merci pour votre article,
    Je pense être sujet à la dysthymie, plutôt chronique, fatigue, déprime, perte d’estime, isolement, problemes de Sommeil, transit, allergies, mais il m’arrive aussi d’être un peu anxieux,
    je vais essayer un traitement naturel, qui régule les neurotransmeteurs, le
    Griffonia, connaissez vous? puis sinon j’irai voir un psy pour des AD. Mais je redoute les effets secondaires et dépendances.
    Cette maladie se traite vraiment bien ?
    https://www.laboratoires-fenioux.com/griffonia-G246/fr

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